Par Mamadou Sèye
Il existe au Sénégal une étrange affection politique qui mériterait d’être reconnue par la science. Son nom : la Sonkophobie aiguë.
Attention, il ne s’agit pas de soutenir ou de combattre Ousmane Sonko. Cela relève du débat démocratique. La Sonkophobie, c’est autre chose. C’est cette capacité à voir Sonko partout, tout le temps, dans toutes les situations.
Quand il parle, il inquiète. Quand il se tait, il inquiète davantage. Lorsqu’il agit, on s’alarme. Lorsqu’il n’agit pas, on s’interroge encore plus. Au gouvernement, il faisait peur. Dans l’opposition, il fait peur. A l’Assemblée nationale, il fait peur. A ce rythme, même retiré dans un village de pêcheurs, certains continueraient à chercher son influence dans le mouvement des vagues.
Le plus fascinant est que certains de ses adversaires semblent parfois penser à lui beaucoup plus souvent que ses propres militants. Ils devinent ses intentions, interprètent ses silences, anticipent ses décisions et expliquent ses stratégies avant même qu’il ne les ait formulées. Une forme de télépathie politique dont les neurosciences n’ont toujours pas percé le secret.
Dans les cas les plus avancés, tout finit par lui être attribué. Un remaniement, une déclaration, une tension politique, une rumeur de quartier ou presque une panne d’électricité : quelque part, quelqu’un demandera forcément quel rôle Sonko a joué dans l’affaire.
Le phénomène est d’autant plus curieux qu’il touche aussi bien certains adversaires irréductibles que certains admirateurs excessifs. Les premiers lui prêtent tous les dangers ; les seconds toutes les solutions. Au final, les uns comme les autres lui attribuent des pouvoirs presque surnaturels.
Pourtant, aussi populaire, influent ou controversé soit-il, un responsable politique reste un responsable politique. Il ne commande ni aux saisons, ni aux marées, ni aux résultats du baccalauréat, ni au prix du kilogramme d’oignons.
La démocratie repose normalement sur l’évaluation des actes, des idées et des résultats. Mais lorsque la peur remplace l’analyse, elle finit par fabriquer un personnage beaucoup plus grand que nature. Et c’est là tout le paradoxe : à force de vouloir réduire Sonko, certains contribuent eux-mêmes à le grandir.
Finalement, la Sonkophobie est peut-être la preuve la plus éclatante de son importance dans le paysage politique sénégalais. Car il est difficile d’avoir peur de quelqu’un que l’on juge sans importance.
Et pendant que ses adversaires comme ses admirateurs scrutent chacun de ses gestes, lui continue simplement à faire ce que font tous les hommes politiques : de la politique.
Rires.