Par Mamadou Sèye
Dans le vacarme politique qui accompagne le départ d’Ousmane Sonko de la Primature, un fait majeur est presque passé sous silence. Le Sénégal vient d’enregistrer des performances commerciales que le pays n’avait pratiquement jamais connues dans son histoire récente.
Alors que l’attention est monopolisée par les recompositions institutionnelles, les batailles d’interprétation et les procès d’intention, les statistiques, elles, racontent une autre histoire. Une histoire moins passionnelle, moins spectaculaire, mais infiniment plus importante pour l’avenir du pays.
Le Sénégal a enregistré en mars 2026 un excédent commercial de 183,8 milliards de FCFA, après un déficit de 60,1 milliards le mois précédent. En un mois, le solde extérieur du pays s’est amélioré de près de 244 milliards de FCFA. Plus significatif encore, le premier trimestre 2026 s’est soldé par un excédent cumulé, là où le pays accusait encore, à la même période de l’année précédente, un déficit de plusieurs centaines de milliards de francs CFA.
Pour mesurer la portée de cette évolution, il faut se souvenir d’une réalité longtemps considérée comme immuable. Pendant des décennies, le Sénégal a importé beaucoup plus qu’il n’exportait. Les déficits commerciaux se succédaient année après année avec une régularité presque mécanique. Ils étaient devenus une sorte de fatalité économique nationale.
Aujourd’hui, cette fatalité commence à être remise en question.
Bien entendu, personne de sérieux ne peut soutenir que ces résultats sont apparus par génération spontanée. Les projets pétroliers et gaziers qui alimentent cette transformation ont été conçus, négociés, financés et développés sur plusieurs années. Ils sont le produit d’un long processus impliquant plusieurs gouvernements, plusieurs administrations et de nombreux acteurs économiques.
Mais l’honnêteté intellectuelle impose également de reconnaître une autre évidence : ces résultats ont été enregistrés sous le gouvernement dirigé par Ousmane Sonko.
Il est toujours curieux d’observer certains raisonnements politiques. Lorsque les indicateurs économiques sont mauvais, la responsabilité du gouvernement en place est immédiatement invoquée. Lorsque les indicateurs deviennent favorables, la même responsabilité disparaît soudainement pour laisser place aux seules explications héritées du passé.
On ne peut pas avoir les deux discours à la fois.
Si un gouvernement doit assumer les contre-performances observées durant son mandat, il est tout aussi légitime qu’il soit associé aux succès enregistrés pendant cette même période.
Cela ne signifie pas qu’Ousmane Sonko doit être présenté comme l’unique artisan de cette amélioration spectaculaire. Ce serait excessif. Mais vouloir lui refuser toute part de mérite relèverait d’un excès tout aussi manifeste.
Car gouverner ne consiste pas seulement à lancer des projets. Gouverner, c’est aussi assurer leur mise en œuvre, garantir la stabilité institutionnelle nécessaire à leur exploitation, organiser les exportations, sécuriser les recettes et veiller à ce que les bénéfices attendus se matérialisent effectivement dans les comptes nationaux.
A cet égard, les chiffres sont là.
Et les chiffres ont une particularité redoutable : ils résistent souvent mieux que les discours aux changements de circonstances politiques.
Les gouvernements passent. Les fonctions changent. Les coalitions se recomposent. Les alliances se font et se défont. Mais les statistiques demeurent comme les témoins silencieux d’une époque.
Que l’on apprécie ou non Ousmane Sonko, que l’on partage ou non ses orientations politiques, il est difficile de nier qu’au moment où il quitte la Primature, le Sénégal présente des indicateurs commerciaux particulièrement encourageants.
L’enjeu désormais dépasse les personnes.
La véritable question est de savoir si le pays saura transformer cette embellie en dynamique durable. Car un excédent commercial historique est une excellente nouvelle. Mais la véritable révolution commencera lorsque les recettes issues du pétrole et du gaz financeront la transformation industrielle, la souveraineté alimentaire, l’emploi des jeunes et la montée en puissance du tissu productif national.
C’est là que se jouera l’essentiel.
Pour l’heure, une chose paraît certaine : pendant que le débat politique s’enflamme autour des hommes, l’économie sénégalaise est peut-être en train d’écrire l’une des pages les plus importantes de son histoire contemporaine.
Et cette page, qu’on le veuille ou non, porte la date du passage d’Ousmane Sonko à la Primature.