Par Mamadou Sèye
Il y a des moments où le silence aurait plus d’allure qu’un micro. Pape Malick Ndour, ancien ministre de la Jeunesse et actuel coordinateur des cadres de l’APR, vient d’en donner une parfaite illustration. A la faveur d’une sortie très médiatisée, il a cru bon de démolir le plan de redressement économique annoncé par le Premier ministre. Mais à y regarder de près, ce qu’il prend pour une critique n’est qu’un vide argumentaire habillé de slogans.
Au lieu de décortiquer les hypothèses du plan, les mesures phares ou les projections budgétaires, Pape Malick Ndour choisit la formule facile : « un solo sans orchestre, sans cap et sans vision ». Il oublie qu’en économie, la rigueur précède le commentaire. Le coordinateur des cadres s’est transformé en coordinateur de slogans. Il compare le plan actuel aux initiatives bancales de son propre camp : PSE inachevé, agendas systématiques morts-nés, promesses jamais appliquées. Comme si l’échec d’hier devait automatiquement condamner toute tentative d’aujourd’hui. En réalité, il signe là un aveu : sous l’APR, on a tellement échoué qu’on ne croit plus en rien.
Pas une donnée, pas un chiffre, pas une alternative. Le vide. Tout au plus une agitation verbale sur 40 milliards qui auraient disparu. Mais d’où vient ce chiffre ? Quelle source ? Quel audit ? Quel rapport ? Un économiste parle avec des tableaux et des prévisions, pas avec des soupçons. Et c’est encore plus grave quand on sait que l’écart dont il parle n’est qu’un ajustement comptable, pratique courante dans les rapports d’exécution budgétaire, que tout ancien ministre est censé connaître.
Avant de donner des leçons de transparence, Pape Malick Ndour devrait se rappeler que son propre gouvernement publiait les rapports d’exécution budgétaire avec des mois de retard et que les lois de règlement s’accumulaient dans les tiroirs. Aujourd’hui, il feint de découvrir les délais de publication. Ce n’est pas de la lucidité ; c’est de l’opportunisme. Pendant qu’il gesticule, il évite soigneusement de parler du cœur du plan : la trajectoire de croissance (5,1 % en 2026), l’objectif de réduction du déficit budgétaire à 3 % du PIB en 2027, les réformes fiscales pour élargir l’assiette et l’effort d’investissement public pour relancer l’appareil productif. Pas un mot non plus sur les marges de manœuvre ou les mesures correctives proposées. Tout son discours tient sur une ligne : dire que c’est mauvais. Pas une seule alternative crédible : ni réforme fiscale, ni rationalisation des dépenses, ni stratégie de financement, ni modélisation d’impact. C’est une critique de tribune, pas un diagnostic.
La vérité est simple : Pape Malick Ndour a choisi l’attaque personnelle faute de comprendre les enjeux. Et c’est inquiétant. Car si cet homme est réellement chargé de former les cadres de l’APR, le parti est condamné à rester dans ses travers : bruit, confusion et slogans. La critique constructive est un art ; la critique désinformée est un poison. Ce qu’a fait Pape Malick Ndour, c’est simplement offrir l’image d’un APR à court d’arguments et à court d’idées. On n’enseigne pas la rigueur avec des approximations. On ne forme pas des cadres avec des cris d’estrade. Un coordinateur des cadres incapable de produire une seule analyse sérieuse : voilà le vrai drame.
Que Pape Malick Ndour le sache : critiquer, ce n’est pas crier. Débattre, ce n’est pas balancer des slogans. Et gouverner, ce n’est pas se raccrocher aux échecs passés pour masquer son propre vide. La prochaine fois, revois tes cours avant de rouvrir le micro. Et si c’est vraiment ce profil qui est censé préparer l’APR à l’avenir, inutile de chercher plus loin : ce parti est mal barré. A ce rythme, il n’aura bientôt plus d’orchestre, plus de partition, et plus même de salle où jouer.