Plénière sous tension : l’heure des actes, pas des prétextes

Par Mamadou Sèye

Ce matin de plénière n’est pas un moment ordinaire. Il vient trancher, dans le réel, une controverse que certains ont tenté de déplacer vers le flou. Car il faut le rappeler sans détour : les “avant-projets de loi” publiés par la Présidence, sous l’autorité de Bassirou Diomaye Faye, n’ont aucune valeur juridique en l’état. Ce sont des supports de travail, rien de plus. La seule matière qui engage la République, c’est celle qui suit le circuit parlementaire. Et aujourd’hui, précisément, ce circuit est en marche.

Face à cela, une ligne de défense s’est installée, faite d’appels à la concertation, de mises en garde contre un supposé forcing des députés du groupe PASTEF. Mais à y regarder de près, que recouvre ce discours sinon une tentative de gagner du temps ? Car les députés, eux, n’inventent rien. Ils mettent en œuvre des engagements clairs, portés devant le peuple, consolidés dans des cadres de dialogue, et attendus par une large majorité.

Parler de précipitation, c’est oublier l’essentiel : le temps politique a déjà été consommé. Les promesses ont été faites. Les orientations ont été discutées. Les attentes sont là. Dès lors, ce qui se joue aujourd’hui à l’Assemblée nationale n’est pas une improvisation, mais l’aboutissement d’un processus. Et refuser cet aboutissement au nom d’une concertation sans fin revient à installer la tergiversation comme méthode de gouvernement.

Plus encore, un fait décisif est venu clarifier le paysage : saisi par les députés, le chef de l’Etat n’a formulé aucune objection, ni sur la forme ni sur le fond de la proposition de loi. Cela signifie que rien, juridiquement et institutionnellement, ne s’oppose à ce que la plénière aille à son terme. Dès lors, le débat change de nature. Il cesse d’être juridique pour devenir pleinement politique.

Et c’est là que le non-dit ressurgit.

Derrière les procès en méthode, derrière les appels à temporiser, se profile une inquiétude plus profonde, plus diffuse, mais bien réelle : celle liée à la figure de Ousmane Sonko. Comme si, en arrière-plan, certaines forces cherchaient moins à améliorer les textes qu’à maîtriser les conditions du jeu politique à venir.

Mais une démocratie ne se protège pas en ajustant ses règles à la peur d’un candidat. Elle se protège en garantissant un terrain de jeu clair et équitable pour tous. Tout le reste relève de l’habillage.

Ce matin, donc, les lignes sont simples.
D’un côté, des députés déterminés à traduire une promesse en loi.
De l’autre, des discours qui invoquent la prudence mais peinent à masquer l’hésitation.

Le peuple, lui, regarde. Et il comprend. Il sait que derrière les mots, il y a une question de fond : tenir parole ou différer encore. Il sait aussi que la souveraineté ne se délègue pas indéfiniment à des processus intermédiaires.

Alors, il faudra bien choisir.

Choisir d’avancer, en assumant le débat et ses conséquences.
Ou choisir de retarder, au risque d’alimenter le doute.

Mais dans tous les cas, une exigence demeure, irréductible :
si Ousmane Sonko doit être un acteur de cette séquence politique, qu’il le soit dans la clarté des règles et la loyauté du combat.

Le reste n’est que détour.

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