L’opposition qui attend qu’on lui tende la main pendant que l’Etat avance

Par Mamadou Sèye

Elle ne l’a pas dit frontalement, bien sûr. Pas de demande officielle de rencontre avec le chef de l’Etat. Mais dans les sous-entendus, dans les postures, dans les soupirs médiatiques, tout indique que l’opposition guette encore une main tendue. Elle espère un nouveau round, un dialogue bis, une relance du processus consensuel. Et pour appuyer cela, elle brandit une rengaine devenue prévisible : les accords issus du dialogue national ne sont pas appliqués, ou alors, insuffisamment.

Mais le réel ne se laisse pas distraire. Pendant qu’elle ressasse les procès-verbaux du passé, le Premier ministre, accompagné de six membres du gouvernement, atterrit à Ankara. Il n’est pas parti pour inspecter ses boubous ni pour inaugurer des salons. Il est là pour parler partenariat stratégique, rencontrer le patronat turc, et surtout, échanger avec le Président Erdogan. La politique, la vraie, se joue à ce niveau : dans l’action, la diplomatie économique, la projection internationale.

Et pendant ce temps, l’opposition, elle, se regarde parler. Elle multiplie déclarations, communiqués, interviews et analyses creuses. Pourtant, rien ne l’empêche de marcher, de tenir congrès, d’organiser des assises, de faire vivre le débat national. Mais elle préfère l’ombre portée des studios aux exigences du terrain.

Il y a eu, il est vrai, cette sortie surprenante d’un de leurs cadres, affirmant que les nouvelles autorités disposaient de voitures remplies de boubous. A ce stade, on ne sait plus si on doit sourire ou s’alarmer : est-ce cela, désormais, le niveau du discours d’alternance ? Qu’ils se préparent alors à s’indigner demain du fait que le Premier ministre ait voyagé dans l’avion présidentiel.

Et pourtant, nul ne conteste — au contraire — la nécessité d’une opposition forte dans une démocratie. Elle est un contre-pouvoir essentiel, un aiguillon, un miroir. Mais à condition d’assumer ce rôle avec hauteur, rigueur, et constance. Pas en recyclant les postures victimaires, pas en quémandant une seconde session de dialogue, faute d’avoir réussi la première des batailles : celle des urnes.

Le Président a été élu avec 54 % des voix, une majorité claire a été obtenue à l’Assemblée. Cela donne au pouvoir une légitimité démocratique que l’on peut contester dans le discours, mais qu’on ne peut effacer dans les faits. L’opposition, elle, semble ne pas avoir encore pris la mesure de sa propre responsabilité historique. Elle hésite entre la protestation de forme et la collaboration douce. Elle critique l’allure, mais ignore la trajectoire.

Pendant ce temps, le pays change, se transforme, se repositionne. Et l’histoire avance, avec ou sans ceux qui prétendent vouloir la freiner, mais qui, en réalité, ne font que tourner en rond.

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