Quand la réalité écrase les illusions

Par Mamadou Sèye

Il fut un temps, pas si lointain, où le Président de la République affirmait, devant les caméras au Palais, que « Sonko n’est pas dimensionné pour un poste de Premier ministre ». L’argument, présenté comme une évidence, s’accompagnait du vœu présidentiel de voir émerger un Premier ministre « super fort ». Mais l’histoire a un sens de l’ironie que les apprentis stratèges ne maîtrisent jamais : celui que l’on disait inapte est aujourd’hui l’incarnation même de cette force, au point que ses détracteurs n’osent plus le regarder en face. Ce qui les ronge n’est pas seulement son poste, mais le chemin qui l’a conduit jusqu’à lui — un chemin qui ne doit rien à leurs calculs et tout à sa propre légitimité populaire. Dans le programme politique du PASTEF, il y avait cette idée claire et assumée : réduire l’hypertrophie présidentielle pour renforcer le Premier ministre. A l’époque, certains riaient jaune, d’autres balayaient cette ambition comme une lubie d’opposition. Aujourd’hui, elle s’installe dans le réel, bousculant une tradition politique où le Président se voulait empereur. Voilà le crime impardonnable aux yeux de l’APR : non seulement Sonko existe, mais il redéfinit le rôle qu’ils croyaient avoir verrouillé à vie. Le monde entier a vu ce que le Sénégal a vécu : une prise de pouvoir inédite, avec Sonko comme acteur central, pivot incontournable du récit politique. Ceux qui feignent de croire que les honneurs reçus à Dakar, à Pékin ou à Istanbul sont tombés du ciel se contentent de nier l’évidence. Ces marques de respect sont le fruit d’un capital politique forgé dans le feu, trempé dans l’adversité, et qui les renvoie à leurs propres impuissances. Oui, Sonko aurait pu — et dû — devenir Président élu du Sénégal. Mais l’APR, incapable de l’affronter à la loyale, a préféré tordre la loi, maquiller le jeu et piétiner la volonté populaire. Résultat : ils vivent désormais dans un présent qui leur échappe, condamnés à commenter le moindre geste de ceux qui les ont remplacés. C’est dans cette posture misérable qu’un de leurs agités, sans doute en manque de lumière, prétend aujourd’hui que Sonko aurait simplement “refait le même parcours” que Diomaye après ses déplacements en Chine, en Côte d’Ivoire et en Turquie. Pathétique tentative. Comme si la politique se réduisait à un carnet d’itinéraires. Comme si l’ombre pouvait rivaliser avec la lumière. Ils y voient une rivalité. Elle n’existe que dans leur tête. Le seul duel qui se joue réellement est celui entre la vérité et leur mensonge — et ils le perdent chaque jour un peu plus. Car il faut bien comprendre : ces gens ne se battent pas pour des idées, ils se battent pour se convaincre qu’ils existent encore. Chaque déplacement, chaque accolade diplomatique est pour eux une gifle symbolique. Ils vivent dans l’obsession du faux pas qui ne vient jamais. Ils guettent la fissure qui ne s’ouvre pas. Ils s’épuisent à vouloir créer le désordre là où, en réalité, règne une entente stratégique solide. Sonko les avait avertis : ils devront souffrir. Et c’est une souffrance corrosive, lente, qui s’infiltre dans leurs nuits comme un poison discret. Elle ronge l’ego, elle efface les certitudes, elle transforme les anciens donneurs de leçons en chroniqueurs amers de leur propre déclin. L’APR voulait effacer Sonko ; aujourd’hui, c’est Sonko qui efface l’APR de la carte politique, geste après geste, image après image. Et comme si tout cela ne suffisait pas, voilà qu’aujourd’hui encore, à Ankara, Recep Tayyip Erdogan et Ousmane Sonko ont effectué ensemble la prière du vendredi. L’image a fait le tour des écrans. Elle est tout sauf anodine : un chef d’Etat musulman de premier plan, dans un moment de recueillement, côte à côte avec celui que l’APR rêvait d’enterrer politiquement. Pour nos amis de l’APR, c’est plus qu’une gifle : c’est le coup de grâce. Ils voulaient sa disparition, il signe leur effacement. Ils misaient sur son silence, il occupe l’espace. Ils attendaient sa chute, il s’élève encore. Ils prévoyaient sa fin, il prépare leur enterrement politique.


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