Par Mamadou Sèye
La mission du Fonds monétaire international séjourne au Sénégal jusqu’au 26 août. Pour beaucoup, cela devrait constituer un moment d’espérance, un signal fort que les efforts de transparence et de rigueur entrepris par les autorités nationales seront récompensés par un soutien concret. Mais nous sommes tentés de dire que cette visite nous laisse de marbre. Non pas que nous sous-estimions la portée de ces échanges techniques ni l’importance des discussions qui s’ouvrent, mais tout simplement parce que le paradoxe est trop grand pour ne pas être relevé.
D’un côté, les techniciens du ministère des Finances ont abattu un travail immense, dont il faut saluer la qualité et le sérieux. Ils ont porté à bout de bras le dossier complexe de la dette cachée, ils ont ouvert les livres, ils ont coopéré avec la Cour des comptes, ils ont traduit en chiffres et en faits une réalité que beaucoup préféraient laisser dans l’ombre. Et qu’a fait le FMI ? Il a validé, dans une certaine mesure, l’existence du problème et surtout la volonté des autorités sénégalaises d’y apporter une réponse. Sur le papier, l’institution reconnaît donc l’effort de transparence et la rigueur méthodologique adoptée par notre pays.
Mais dans les faits, rien. Pas un seul franc débloqué. Pas un seul signal financier clair qui viendrait conforter l’opinion nationale et rassurer les marchés. Ailleurs, à titre conservatoire, le chèque sort rapidement. Ainsi, lorsque le Ghana a fait face à une crise de financement en 2022, le FMI avait immédiatement mis sur la table un appui d’urgence. Lorsqu’en 2020, au plus fort du Covid, plusieurs pays africains comme la Côte d’Ivoire ou le Burkina Faso ont sollicité des décaissements rapides, l’argent avait suivi en quelques semaines. Pourquoi donc cette différence de traitement avec le Sénégal ? Pourquoi, alors que nous avons joué la carte de la transparence et assumé nos contradictions, le FMI se contente-t-il d’une validation théorique sans le moindre engagement concret ?
Il ne suffit pas de constater que les autorités sénégalaises ont eu la volonté de transparence. Encore faut-il traduire cette reconnaissance en actes. Autrement, on conforte les sceptiques qui voient dans ces missions successives un rituel stérile, une sorte de ballet technocratique sans conséquences tangibles pour les populations. Car à la fin, ce ne sont pas les rapports qui paient les dettes, ce ne sont pas les félicitations qui financent les projets, ce ne sont pas les promesses qui allègent le fardeau du contribuable.
Notre amertume est donc légitime. Le Sénégal a fait sa part, le FMI ne fait pas la sienne. Et tant que ce paradoxe subsistera, il sera difficile de convaincre que ces missions servent réellement autre chose qu’à occuper le terrain diplomatique et à produire du papier.
Mais cette situation doit aussi pousser nos autorités à réfléchir. On ne construit pas une souveraineté financière durable en attendant indéfiniment le chèque du FMI. D’autres canaux existent, d’autres pistes peuvent être explorées : partenariats bilatéraux mieux négociés, mobilisation plus intelligente des ressources internes, appels au marché sous des formes innovantes, renforcement de la coopération Sud-Sud. L’heure est venue pour le Sénégal de grandir en se passant progressivement du FMI, et de prouver que la confiance en ses propres forces n’est pas un slogan mais un cap.