La victoire d’Abas Fall à la mairie de Dakar est bien plus qu’une simple élection locale : c’est une mise à mort politique, un enterrement en grande pompe de tout ce qui restait d’illusions dans l’opposition sénégalaise. PASTEF vient de décrocher le trophée le plus symbolique, la capitale, ce cœur battant où se font et se défont les régimes. On ne mesure peut-être pas encore assez ce basculement, mais il est colossal : Dakar, c’est l’histoire électorale du Sénégal, c’est le baromètre du rapport de forces, et c’est désormais le sceau de la domination totale d’Ousmane Sonko et de son parti.
Barthélémy Dias, qui rêvait d’un duel de gladiateurs avec Sonko, a été renvoyé à ses illusions. Lui qui avait osé défier le chef de PASTEF, croyant pouvoir incarner une opposition alternative, se retrouve réduit à un rôle de spectateur amer. Son “mortal combat” annoncé s’est transformé en KO technique avant même que le gong ne retentisse. Le ring politique n’a pas tremblé : Sonko a imposé sa ligne, son parti a imposé son candidat, et les électeurs ont suivi. Barthélémy Dias, lui, est déjà relégué au musée des occasions perdues, aux côtés de ceux qui ont cru défier le courant d’une rivière en crue.
Et que dire des autres ? Les socialistes, survivants fossilisés d’un passé glorieux, se traînent comme des reliques sans voix ni vision. L’AFP, naguère chantre de l’alternative, n’est plus qu’un acronyme creux, un club de retraités politiques dont on ne se souvient même plus des couleurs. Le PDS, autrefois machine de guerre, n’existe plus que dans les mémoires nostalgiques de ses anciens barons. Quant au Mackyisme, il se délite dans des querelles d’héritiers : succession impossible d’un roi déchu qui n’a laissé derrière lui que des trônes vides. Voilà le tableau de ce qui se fait appeler “opposition” au Sénégal. Autant dire un champ de ruines.
Face à ce désert, PASTEF est devenu l’oasis, et Sonko le puit intarissable. Ceux qui espéraient voir le parti s’user au pouvoir découvrent une réalité plus crue : la machine Sonko ne fait que se renforcer. Elle rajeunit ses cadres, élargit son assise, occupe méthodiquement le terrain. Ce n’est pas un parti en déclin, c’est une formation en expansion permanente. Et Dakar vient d’en donner la démonstration éclatante.
A ce stade, il faut dire les choses clairement : si PASTEF ne reconduit pas Bassirou Diomaye Faye en 2029 pour un second mandat, l’hypothèse la plus sérieuse, la plus logique, la plus implacable, c’est le voyage direct de Sonko au palais de la République. Et qu’on se le dise : aujourd’hui, personne dans l’opposition ne semble en mesure d’entraver ce scénario. Ni un Dias à l’agonie, ni un PDS exsangue, ni un quelconque “nouveau visage” encore introuvable. C’est le vide. Un vide béant qui ouvre un boulevard.
PASTEF est désormais le pouvoir. Sonko est l’horizon. Et l’opposition, elle, n’est plus qu’une rumeur lointaine, un souvenir d’un temps révolu où le jeu politique sénégalais se jouait à plusieurs. Ce temps-là est terminé. L’histoire s’écrit désormais à une seule plume, celle de Sonko, et Dakar vient d’en offrir la plus éclatante signature.