Par Mamadou Sèye
Le Sénégal est aujourd’hui orphelin d’une véritable opposition. Voilà la première tragédie. Au moment où notre pays engage des réformes de fond, où les institutions cherchent à retrouver leur dignité, où les chantiers de reconstruction se multiplient, nous aurions dû avoir en face un contre-pouvoir solide, vigilant, inventif. Une opposition qui critique, qui propose, qui oblige la majorité à élever son niveau. Or que voyons-nous ? Rien d’autre qu’une caricature.
Le terrain de la lutte a changé d’habits, et quels habits ! Ce n’est plus la confrontation d’idées, ce n’est plus le choc de projets, c’est désormais l’ère des mercenaires de la parole. Des gens richissimes, tapis dans l’ombre, consentent à dépenser une quantité infinitésimale de leurs fortunes pour soudoyer des groupes ou des individus chargés de la sale besogne : insulter, calomnier, dénigrer les nouvelles autorités. Voilà ce que nous avons en lieu et place d’une opposition digne.
C’est une industrie de l’injure, une économie de la calomnie. Les réseaux sociaux servent de marché noir, où la rumeur est la marchandise et la diffamation la monnaie d’échange. On paie pour salir, on paie pour inventer, on paie pour jeter de l’ombre. Et l’opinion, lassée, observe ce spectacle indécent, où ceux qui se prétendent opposants ne font en réalité que vendre leur plume ou leur voix au plus offrant.
Avec le récent remaniement ministériel, la peur a changé de camp. Certains de ces professionnels de l’injure, jusque-là arrogants, ont soudain perçu que leur jeu les menait droit au mur. Ils comprennent désormais que persister dans l’ignominie, c’est s’exposer à des comptes judiciaires, que les portes de la prison ne sont plus seulement entrouvertes, mais largement ouvertes.
C’est dans ce décor délétère que prend place la lâcheté suprême : le fantasme de la brouille entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. Incapables d’affronter ce duo sur le terrain de la légitimité populaire, incapables de proposer un projet alternatif, ces mercenaires de la discorde s’acharnent à imaginer, à inventer, à rêver d’un clash. Ils dissèquent chaque geste, surinterprètent chaque nuance, espérant trouver la fissure qui fera tomber l’édifice. Mais ce n’est pas de l’analyse politique, c’est de la misère intellectuelle.
Il faut dire les choses sans détour : vouloir semer la discorde entre Sonko et Diomaye, c’est l’aveu d’une impuissance totale. C’est reconnaître qu’on n’a pas d’arguments, pas de programme, pas de vision. C’est confesser qu’on n’existe politiquement que dans l’ombre des ragots.
Or la réalité est tout autre. La force du tandem Sonko–Diomaye est précisément dans sa complémentarité. L’un incarne la flamme de la contestation et la radicalité assumée, l’autre symbolise la sobriété institutionnelle et la stabilité de l’Etat. L’un a bâti le mouvement, l’autre préside aux destinées de la République. C’est une dialectique féconde, pas une rivalité. Et ceux qui rêvent d’une fracture ne comprennent pas que cette complicité s’est forgée dans l’épreuve, dans la prison, dans la confiance.
L’histoire universelle est riche d’enseignements. Combien de fois a-t-on voulu opposer Nelson Mandela à Oliver Tambo ? Combien de fois a-t-on tenté de monter Zhou Enlai contre Mao Zedong ? Ces stratégies ont toujours eu le même moteur : la peur devant une alliance trop solide pour être vaincue de front. Et chaque fois, ces manœuvres ont fini dans les poubelles de l’histoire.
Aujourd’hui, le Sénégal voit resurgir la même mécanique : faute de courage d’affronter les idées, on se réfugie dans le fantasme du clash. Mais qu’ils sachent une chose : ce peuple, qui a déjà fait preuve d’une maturité politique éclatante, n’est pas dupe. Il voit clair dans ce jeu de pyromanes.
Alors oui, qu’on le répète avec force : quiconque rêve de fissurer l’alliance Sonko–Diomaye porte sur son front le sceau de la médiocrité. Et face à la marche d’un peuple qui avance, ces manœuvres apparaissent pour ce qu’elles sont : des stratégies de lâches, des feux de paille qui s’éteignent avant même d’avoir pris.
Le Sénégal n’a pas besoin de ces petites lâchetés. Il a besoin d’une opposition de conviction, d’une critique sérieuse, d’un débat de fond. A défaut, ceux qui s’acharnent à insulter et à diviser resteront prisonniers de leur propre bassesse. L’histoire ne retiendra d’eux ni leurs noms ni leurs cris, seulement le silence méprisant qui accompagne toujours les défaites des lâches.