Par Mamadou Sèye
En défendant exclusivement la libération provisoire de Farba Ngom pour raisons médicales, la Commission nationale des droits de l’homme,soulève une question dérangeante : et les autres détenus, sans fortune ni réseau, qui se bat pour eux ?
La présidente de la Commission nationale des droits de l’homme, a adressé une lettre au Pool judiciaire financier pour demander la libération provisoire de Farba Ngom au nom de son droit à la santé. Juridiquement et moralement, nul ne saurait contester que chaque détenu, quelle que soit son identité, bénéficie de ce droit fondamental. Farba Ngom, comme tout citoyen sénégalais, a droit à des soins adéquats, à la dignité et à la préservation de son intégrité physique.
Mais ce qui interroge ici n’est pas le droit individuel du député-maire d’Agnam, c’est la sélectivité de la démarche institutionnelle. Pourquoi une telle mobilisation de la CNDH pour un seul cas, alors que les prisons regorgent de détenus malades, vulnérables, abandonnés, sans fortune ni réseau ? En focalisant son intervention sur un multimilliardaire au cœur de l’actualité judiciaire, la Commission donne l’image d’une institution à deux vitesses : prompte à se saisir du sort des élites, muette sur les souffrances des anonymes.
Loin d’apparaître comme une défense de l’universalité des droits humains, cette lettre risque de se lire comme un plaidoyer de circonstance, une avocature réservée à ceux qui comptent. La mission de la CNDH n’est pourtant pas d’aménager les privilèges, mais de rappeler que les droits humains sont indivisibles et inaliénables. En choisissant d’agir pour un cas médiatique sans élargir sa voix à l’ensemble des détenus, l’institution s’expose à une critique sévère : celle de la partialité et de l’élitisme.
Le symbole est désastreux, car il accrédite l’idée que dans ce pays, la santé d’un prisonnier milliardaire compte davantage que celle d’un détenu anonyme qui n’a que son humanité pour tout capital. Reconnaître les droits de Farba Ngom est une évidence. Mais en se concentrant exclusivement sur lui, la CNDH rate sa vocation et trahit le principe cardinal de son mandat : défendre tous les citoyens sans distinction de statut social. A ce prix seulement, elle pourra continuer de parler au nom des droits de l’homme, et non au nom des puissants.