Pseudo-opposition : la comédie de trop face au peuple qui veut récupérer son argent

Par Mamadou Sèye

La marche autorisée de « Rappel à l’ordre » a eu lieu, et l’on annonce déjà un rassemblement de la diaspora (rires) en France. Tant mieux : la démocratie s’exerce enfin sans bâillon. Mais au lieu d’une force populaire, ce que l’on voit, ce sont des rassemblements squelettiques, une opposition fragmentée, et un peuple qui ne s’y reconnaît pas. Car l’écrasante majorité des Sénégalais n’attend qu’une seule chose : la reddition des comptes, au concret, pour récupérer les milliards volés sous l’ancien régime.

Le Sénégal tourne une page. La preuve en est donnée par la tenue paisible de la marche de « Rappel à l’ordre ». Aucun matraquage policier, aucune intimidation, aucune interdiction arbitraire : la liberté de manifester est respectée. A cela, on ne peut qu’applaudir. Car, longtemps, la rue fut un terrain miné, où l’opposition se voyait systématiquement barrer la route. Aujourd’hui, la République assume sa vocation démocratique : donner la parole à toutes les sensibilités, y compris celles qui dérangent.

Mais une fois ce constat posé, il faut avoir l’honnêteté de dire les choses : ces manifestations ressemblent plus à des kermesses en déshérence qu’à des mouvements populaires. Quelques slogans, des pancartes brandies, une poignée de militants fatigués… Rien qui ressemble à une lame de fond. La raison est simple : cette opposition n’incarne plus rien, sinon la nostalgie d’un système discrédité.

Les Sénégalais ne suivent pas. Et pour cause : ils sont sidérés, médusés, par l’ampleur des détournements qui jaillissent au grand jour depuis la chute de l’ancien régime. Chaque jour apporte son lot de révélations : comptes bancaires planqués, villas somptueuses acquises sur fonds publics, marchés surfacturés, patrimoines privés bâtis sur le dos de l’Etat. Ce qui apparaît, ce n’est pas un excès ponctuel : c’est une mécanique systématique de prédation. Face à ce spectacle, la réaction du peuple est limpide : assez de théâtre, place à la reddition des comptes. Pas de palabres interminables, pas de débats creux. Les Sénégalais veulent du concret, des actes, des résultats.

Rendre des comptes, cela ne peut plus se limiter à de beaux discours ou à des promesses de procédure. Les populations exigent des saisies réelles, des villas, des voitures de luxe, des terrains accaparés qui doivent être récupérés par l’Etat. Elles veulent un gel effectif des avoirs : les milliards placés dans des comptes opaques doivent être identifiés et bloqués. Elles veulent une transparence publique : chaque franc retrouvé doit être affiché, chaque restitution détaillée, chaque affectation budgétaire vérifiable. Elles veulent enfin un retour direct dans les secteurs cruciaux : l’éducation avec des bourses, des manuels, des cantines ; la santé avec des hôpitaux équipés, des médicaments accessibles, des salaires pour les soignants ; les infrastructures avec des routes praticables, des ponts sûrs, de l’eau potable dans les villages ; la jeunesse avec des programmes d’emploi et de formation financés par l’argent qu’on lui avait volé. Car il ne s’agit pas seulement de punir les voleurs : il s’agit de réparer le pays. Récupérer l’argent public, c’est rendre vie à la République.

Dans ce contexte, quelle crédibilité accorder à une opposition qui a largement participé à ce système ou qui l’a toléré par son silence ? Ceux qui, hier encore, se taisaient face aux scandales, ceux qui profitaient des mêmes circuits de corruption, ceux qui détournaient le regard devant les abus, veulent aujourd’hui endosser le costume de justiciers. Le peuple ne s’y trompe pas : il les rejette, tout simplement. Une opposition qui ne commence pas par un examen de conscience est condamnée à rester une caricature. Qu’elle défile, qu’elle crie, qu’elle se mette en scène : la réalité est que ses rangs se vident, parce que son crédit moral est épuisé.

La seule bataille qui vaille aujourd’hui, c’est celle de la récupération des fonds publics spoliés. Elle doit être menée avec rigueur, méthode et sans esprit de revanche. Car ce n’est pas une vendetta personnelle : c’est une exigence de survie nationale. La reddition des comptes est une arme de justice sociale : chaque milliard récupéré doit se traduire par une école réparée, un hôpital équipé, une route bitumée, une jeunesse soutenue. Voilà la véritable manifestation que le peuple attend : celle des résultats tangibles.

Qu’on se le dise : ce pays a changé. Les vieilles recettes — slogans, victimisation, gesticulations de rue — ne prennent plus. Le peuple sénégalais est patient, mais il n’est pas amnésique. Il sait qui a fait quoi. Il sait qui a pillé, qui a couvert, qui a profité. Et il exige désormais que justice soit faite, non pas seulement au tribunal, mais dans les caisses de l’Etat.

Alors que la pseudo-opposition se livre à des simulacres de mobilisation, l’Histoire avance sans elle. Car la vraie dynamique, celle qui passionne les Sénégalais, c’est la reddition des comptes. Tout le reste n’est que bruit de fond.

Camarade, le constat est simple : nous assistons à la fin d’un cycle politique et au début d’une ère de rigueur et de restitution. Ceux qui refusent de l’admettre resteront coincés dans leurs caricatures. Le peuple, lui, a déjà tranché. Et son verdict est implacable : rendez l’argent.


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