Par Mamadou Sèye
Il y a corruption et corruption. Il y a détournement et détournement. Mais ce qui se révèle jour après jour au Sénégal dépasse l’entendement et place notre pays dans une catégorie à part : celle où la prédation est devenue une seconde nature de l’Etat et de ses élites affairistes.
Un pillage systématique
Les montants évoqués dans les enquêtes, audits et révélations officielles ne se comptent plus en millions, ni même en milliards, mais en centaines de milliards. Des institutions censées protéger l’intérêt public se sont transformées en guichets privés pour des clans, des familles, des réseaux. Ce qui frappe, ce n’est pas seulement l’ampleur des sommes envolées, mais la désinvolture avec laquelle ces pratiques ont été institutionnalisées.
Comparaison africaine : le Sénégal en “tête de classement”
Que des dirigeants africains s’enrichissent sur le dos de leurs peuples, l’histoire récente en offre mille exemples. Mais rarement un pays a-t-il atteint ce degré d’organisation dans la prédation. Le Sénégal, longtemps perçu comme une démocratie modèle, se retrouve aujourd’hui cité comme un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire. Les détournements y ont pris une dimension industrielle, avec des schémas sophistiqués, des complicités croisées et une audace qui frise l’inconscience.
Une rupture morale
Plus grave que les chiffres eux-mêmes, c’est la banalisation du scandale. L’argent du peuple, destiné aux écoles, aux hôpitaux, aux infrastructures, a servi à alimenter des trains de vie insolents. Des familles entières vivaient dans le faste, pendant que les populations se débattaient avec des factures d’électricité insupportables et des pénuries de médicaments. La fracture morale est béante : comment demander des sacrifices au peuple quand ses élites ont vidé les caisses avec une telle gloutonnerie ?
L’heure de vérité
Le moment est venu de regarder la réalité en face : jamais, dans l’histoire récente de l’Afrique, un pays n’aura offert un tel spectacle d’auto-destruction financière par ses propres élites. Ce n’est pas une opinion, mais une clinique froide des faits, révélés par les inspections, les rapports et les procédures en cours.
Et c’est tout le paradoxe : le Sénégal, pays de la teranga, est devenu le pays du pillage sans vergogne. L’heure de vérité a sonné, et l’histoire retiendra non seulement la profondeur du saccage, mais aussi la capacité — ou l’incapacité — des nouvelles autorités à y mettre fin définitivement.