Quand l’ancien Président de l’Assemblée nationale abdique sa stature

Par Mamadou Sèye

Il est toujours surprenant de voir à quel point certains responsables politiques, même après avoir occupé des fonctions de tout premier plan, peinent à se hisser au-dessus des passions et des calculs partisans. La présence d’Amadou Mame Diop, ancien Président de l’Assemblée nationale et seconde personnalité de l’Etat, à la marche dite de “Rappel à l’ordre”, en est une illustration frappante. Cette manifestation, qui aurait pu être un moment de débat républicain, s’est tristement soldée par une débauche d’injures et d’insanités à l’endroit du Premier ministre, confirmant ainsi le dévoiement d’une initiative dont l’ambition affichée contrastait avec le résultat obtenu.

On peut évidemment objecter que les foules, une fois mobilisées, échappent souvent au contrôle des organisateurs. Mais la question essentielle reste la suivante : qu’est-ce qui peut pousser un ancien second personnage de l’Etat à cautionner, même par sa simple présence, une scène où la République s’est retrouvée bafouée dans ce qu’elle a de plus sacré : la retenue et le respect des institutions ? À défaut de se retirer lorsque le ton a viré à l’outrage, il aurait pu, au moins, marquer sa désapprobation. Son silence et son inertie deviennent alors une forme d’adhésion tacite.

Certains répondront que Macky Sall a fait de lui Président de l’Assemblée nationale et qu’il s’agit là d’un acte de loyauté. Mais est-ce une raison suffisante pour s’abaisser à de telles compromissions ? La gratitude, en politique, ne devrait jamais signifier l’alignement aveugle. Elle ne devrait surtout pas se traduire par une participation à des manifestations où l’on piétine le décorum et l’esprit républicain. La loyauté véritable, c’est celle qui s’exprime dans le cadre du débat d’idées, dans la défense d’une vision, pas dans l’accompagnement d’une foule qui verse dans le tumulte et l’insulte.

Ce comportement interroge d’autant plus que la fonction de Président de l’Assemblée nationale, une fois quittée, devrait conférer à son titulaire une sorte de devoir de réserve et de dignité. L’institution qu’il a incarnée n’est pas anodine : elle est la deuxième dans l’ordre protocolaire, symbole de la légitimité populaire et de l’équilibre des pouvoirs. Y avoir siégé à sa tête oblige à un surcroît de retenue, à une capacité à se démarquer des pratiques politiciennes qui tirent vers le bas le débat public. En s’affichant dans cette marche sans réagir aux dérives constatées, Amadou Mame Diop a, volontairement ou non, abdiqué cette stature.

La République a besoin d’anciens responsables capables de donner l’exemple, de rappeler par leur attitude que les institutions ne sont pas des accessoires circonstanciels mais des piliers de la démocratie. En se mêlant aux excès d’une manifestation politisée, Amadou Mame Diop donne le sentiment de troquer la grandeur de son ancienne charge contre une loyauté mal placée, presque servile. Une telle posture ne grandit ni l’homme, ni l’institution qu’il a incarnée, encore moins la République.


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