Par Mamadou Sèye
Il y a des instants où la politique bascule dans l’histoire. L’entretien accordé par le Président Bassirou Diomaye Faye à France 24 relève de ces moments. Ce n’était pas seulement un exercice médiatique : c’était un acte d’autorité, une mise au point magistrale qui redonne au Sénégal la voix d’un Etat souverain et responsable. Dans ses réponses, il n’y avait ni calcul partisan, ni dérobade. Il y avait l’étoffe d’un homme d’Etat, soucieux de son peuple et conscient du regard du monde.
Sur le terrorisme, il a dit ce que d’autres n’osent pas. Le danger n’est pas confiné au Sahel, il est protéiforme, mouvant, et il exige bien plus qu’une réponse militaire. En insistant sur la nécessité d’une « démarche intégrée », faite de renseignements partagés, de dialogues assumés et de coopération sincère, le Président Diomaye Faye a refusé la logique simpliste des bases militaires et des interventions improvisées. Il a rappelé une vérité fondamentale : l’Afrique ne doit pas devenir le champ de bataille des puissances rivales, mais le terrain d’une souveraineté assumée. Cette posture rappelle le réalisme de Senghor, qui savait l’importance de la diplomatie préventive, mais elle porte aussi le souffle panafricaniste de Sankara, qui exigeait que l’Afrique cesse d’être instrumentalisée dans les affrontements mondiaux.
Face au FMI, le ton a été sans détour. C’est un Président libre qui a parlé, et non un débiteur en quête de grâce. La dette cachée a dévoilé la faillite morale d’un système qui a falsifié les chiffres et trahi la confiance. En rappelant que dès 2018, Ousmane Sonko, alors seul député de PASTEF, avait alerté le FMI sur la base d’une lettre que lui avait écrite , Diomaye a replacé cette institution devant ses propres contradictions. Pourquoi n’avoir pas agi ? Pourquoi avoir fermé les yeux ? Aujourd’hui, après que le Sénégal a pris des mesures de transparence et respecté la loi, il est légitime d’exiger que le Fonds « presse le pas » et donne un signal clair. C’est une manière de dire que la coopération ne sera plus une relation de sujétion, mais un dialogue entre partenaires égaux. Là encore, l’écho est fort : il rappelle le cri de Thomas Sankara à Addis-Abeba, demandant aux Africains de dire non à la dette comme instrument d’asservissement. Diomaye, lui, choisit le réalisme républicain, mais il en garde l’esprit de dignité.
Quant à la question brûlante des poursuites contre Macky Sall, le Président a opposé la froide rigueur du droit à la tentation d’une revanche immédiate. Beaucoup attendaient qu’il brandisse l’épée. Il a préféré brandir la Constitution. Là est toute la différence. Il ne s’agit pas de se faire justice, mais de rendre justice. En affirmant que seules des preuves matérielles, examinées par des juges indépendants, pourraient fonder une décision, Diomaye Faye rappelle que l’Etat n’est pas une arène de vengeance mais l’espace d’un droit universel. En cela, il rejoint la grandeur d’un Mandela, qui, après l’apartheid, sut séparer la soif de justice de l’esprit de revanche.
De cet entretien, il ressort une triple leçon : un refus de la soumission sécuritaire, une exigence de dignité économique, et une éthique républicaine dans la gestion du passé politique. Autrement dit, les trois piliers qui fondent un Etat digne de ce nom. Le Sénégal n’a pas seulement trouvé un Président. Il a trouvé une voix. Une voix qui refuse l’infantilisation, qui refuse l’instrumentalisation et qui refuse la démagogie.
C’est à ce prix qu’un homme politique devient un homme d’Etat. Et aujourd’hui, le Sénégal a montré qu’il en possède un.