Par Mamadou Sèye
Il n’y a plus de doute possible : le pillage de l’Etat a été méthodique, systémique, pensé comme une mécanique implacable. Les récentes révélations sur les conventions de substitution entre l’Etat et certains directeurs généraux ne sont pas des cas isolés, mais la preuve que la prédation s’était institutionnalisée.
L’arrestation d’Ousmane Sonko a été l’accélérateur. Beaucoup ont cru que l’alternance était enterrée. Alors ils ont foncé. Sans retenue. Sans pudeur. Les vannes de la gabegie se sont ouvertes : marchés publics tripatouillés, surfacturations astronomiques, projets budgétisés à coups de milliards pour des réalisations qui en valaient dix fois moins. Ce n’était plus de simples abus, c’était un pillage organisé.
Et les signes extérieurs de richesse ont explosé au grand jour. Des fortunes insolentes poussées comme des champignons après la pluie. Des villas jaillissant dans les quartiers huppés. Des immeubles achetés cash à l’étranger. Des 4×4 rutilants alignés comme des trophées. Pendant ce temps, des millions de Sénégalais continuaient à se débattre dans la précarité.
Aujourd’hui, certains voudraient enfermer la reddition des comptes dans une querelle politique, réduire les détenus de la corruption à de simples “victimes du système”. Mais la vérité est implacable : il ne s’agit pas de politique, il s’agit de justice.
Et la justice, pour être crédible, doit aller au bout : sanctionner, mais surtout recouvrer. Car une condamnation sans restitution n’est qu’un simulacre. A quoi bon emprisonner si l’argent volé dort encore dans des comptes offshore ? A quoi bon juger si les villas frauduleuses restent debout, habitées par des prête-noms ?
Chaque franc doit revenir. Chaque immeuble doit être repris. Chaque convention frauduleuse doit être déchirée. Ce n’est pas une option, c’est une obligation morale et républicaine.
Qu’on se le dise : il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières, mais d’un devoir de dignité nationale. Le peuple a vu, le peuple sait. Il a observé les fortunes indécentes éclore comme des tumeurs. Il a vu la richesse insolente des prédateurs se dresser au milieu de sa misère. Il n’oubliera pas.
Voilà pourquoi la réponse doit être radicale : recouvrement intégral, exemplarité totale. Sans cela, nous ne ferons que prolonger le cycle de l’impunité. Et le Sénégal mérite mieux que cette éternelle répétition.