CNRA : la tentation salutaire de la tolérance zéro

Par Mamadou Sèye

S’il y a aujourd’hui un élément consensuel à propos des médias sénégalais, c’est que le champ du professionnalisme a été déserté pour laisser la place à une confrontation d’essence politique par procuration. Les plateaux télé et radios, censés être des espaces de débat citoyen et d’enrichissement du pluralisme, se sont trop souvent transformés en arènes où les invectives remplacent l’argument, où la posture partisane prime sur l’information. Le constat est largement partagé, même par les plus indulgents.

C’est dans ce climat que le CNRA vient d’annoncer une posture de « tolérance zéro ». Une annonce forte, qui a valeur d’avertissement : désormais, les propos injurieux, les atteintes aux institutions, les dérives verbales ou les violations de l’éthique ne passeront plus sous silence. Certains s’empresseront d’y voir une volonté de musellement. Mais il faut être lucide : l’Etat, qui n’est pas obligé de sortir le chéquier pour soutenir des entreprises de presse mal gérées, ne va pas se faire hara-kiri en finançant sa propre déstabilisation. Et il ne faut pas se voiler la face : si des médias crient à la difficulté économique mais continuent de tenir, c’est bien parce que la rente politique les alimente en coulisses.

Dans ce contexte, la solution pourrait bien venir du CNRA. L’institution dispose de prérogatives coercitives prévues par la loi : avertissements, mises en demeure, suspensions, sanctions pécuniaires. Mais surtout, le CNRA s’est doté aujourd’hui d’un atout supplémentaire : la crédibilité et l’expérience de ses dirigeants. A sa tête, Mamadou Oumar Ndiaye (M.O.N), journaliste chevronné, figure de proue du métier depuis des décennies, dont la rigueur et la plume respectée ne sont plus à démontrer. À ses côtés, Oumar Diouf Fall (O.D.F), autre confrère reconnu, respecté par ses pairs et fort de son expérience dans les rouages de la profession.

A eux deux, s’ils disposent de moyens conséquents, ils peuvent jouer un rôle déterminant dans l’assainissement du secteur. Ils ont la compétence, mais surtout le respect de la corporation, ce qui est décisif dans un milieu où les rappels à l’ordre sont souvent mal reçus. Leur mission ne sera pas simple : il faudra distinguer le nécessaire encadrement des dérives de la tentation du bâillonnement, rappeler aux médias que la liberté d’informer n’est pas celle d’insulter, et redonner au public une confiance sérieusement entamée.

La tolérance zéro du CNRA ne doit pas être perçue comme une posture autoritaire, mais comme une tentative salutaire de redresser un secteur qui, à force de complaisance, risque de perdre son âme. Si elle est portée avec intelligence et accompagnée d’une pédagogie réelle, elle peut contribuer à remettre la presse sénégalaise sur les rails de la crédibilité. Car au bout du compte, il n’y a pas de démocratie solide sans des médias forts, respectés, et surtout respectables.


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