Ils ne danseront que dans leur ombre

Par Mamadou Sèye

Hier encore, à la veille de la grande journée de mobilisation populaire initiée par Ousmane Sonko, un fait presque comique – et pourtant révélateur – a agité les réseaux et les couloirs administratifs. De petits groupuscules politiques, sans colonne vertébrale ni véritable corpus idéologique, ont soudain décidé, comme par hasard, d’organiser un rassemblement exactement ce même 8 novembre. On croirait assister à des enfants tentant de souffler sur les braises d’un brasier qui les dépasse.

On ne s’improvise pas force politique parce que l’histoire est en marche : on la rejoint, ou on en disparaît.

Ces mêmes personnages n’ont jamais pu réunir le minimum de parrainages pour figurer sur la ligne de départ d’une présidentielle. Le peuple, souverain, les a déjà jugés. Il les ignore. Et c’est justement cette indifférence populaire, presque biologique, qui les consume. Ils cherchent une lumière qui ne leur appartient pas. Ils courent derrière un soleil qui ne se lève pas pour eux.

Voilà pourquoi ils veulent parasiter une date choisie par Sonko : pour respirer quelques secondes d’oxygène médiatique. Pour exister dans le miroir déformant de l’actualité. Pour se dire qu’eux aussi… peut-être… on parlera d’eux. Triste spectacle.

Le préfet, dans sa sagesse institutionnelle, leur a proposé un autre itinéraire. Refus catégorique. Car tout l’intérêt est précisément dans le croisement symbolique, dans la tentative d’ombre portée sur un événement qui ne les concerne pas. Leur obstination dévoile leur projet : créer du bruit pour remplacer le silence du néant.

Mais comment espèrent-ils que Sonko s’abaisse à leur parler ? Comment espèrent-ils attirer son regard, alors que la mer humaine qui converge aujourd’hui vers Dakar ne connaît ni leur nom, ni leur visage, ni leur son de voix ? Sonko affiche un mépris souverain. Et il a raison : on ne s’entretient pas avec ceux que l’histoire a déjà balayés, ceux qui n’ont laissé aucune empreinte ni dans l’urne, ni dans la rue.

Pendant que le parking du stade, hier soir, vibrait au rythme d’un feu de joie gigantesque – du jamais vu –, pendant que des milliers de jeunes chantaient, dansaient, brandissaient drapeaux et slogans, ces ambitieux de pacotille ruminaient leur jalousie. Le contraste est cruel. L’un rassemble, inspire, électrise. Les autres s’agitent, s’aigrissent, quémandent. La sociologie politique s’écrit parfois dans les flammes d’un bois qui crépite.

Déjà, des Sénégalais venus de partout débarquent à l’aéroport. Déjà, les quartiers s’illuminent de chants. Déjà, les réseaux s’incendient. Le pays entier est en ébullition. On parle de plus de mille poches de sang collectées. On parle d’organisation, de discipline, de propreté des lieux demain, sur ordre du leader. On parle de prudence pour les chauffeurs. On parle de discours importants.

Et d’eux ?
Rien.
Un silence de cimetière.

Leur tragédie n’est pas que Sonko les ignore. Leur tragédie, c’est que le peuple les ignore. Et quand un peuple vous tourne le dos, aucune conférence de presse, aucun communiqué revanchard, aucune agitation de dernière minute n’y peut rien.

Ils sont condamnés à jouer un rôle secondaire dans une pièce où ils n’ont jamais eu ni audition, ni costume, ni texte. Et c’est peut-être cela qui fait si mal : ne jamais avoir été invités à la fête, et tenter malgré tout de danser sur le trottoir en espérant que la musique porte jusqu’à eux.

Ce 8 novembre, pendant que l’histoire s’écrit, pendant que la jeunesse trace son propre chapitre, pendant qu’une marée humaine scelle une relation charnelle entre un leader et son peuple, certains s’acharnent à fabriquer leur propre caricature. Et nous les regardons avec la compassion que l’on réserve aux illusions perdues.

Qu’ils organisent donc leur rassemblement. Qu’ils refusent tous les itinéraires raisonnables. La réalité les attend : personne ne viendra. Les caméras ne traîneront pas. Les foules ne se presseront pas. Même les curieux passeront leur chemin.

Il y a des morts politiques qu’il faut enterrer en silence.
Mais pour une fois, rions un peu :
Aujourd’hui, ils ne danseront que dans leur ombre.


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