La Révolution de la Transparence : pourquoi Sonko refuse que le peuple paie à la place des prévaricateurs

Par Mamadou Sèye

Il y a des moments politiques où le courage devient une obligation historique. Le Sénégal vit précisément l’un de ces instants. Lorsque, lors du Tera-meeting, Ousmane Sonko a déclaré qu’aucun effort supplémentaire ne devait être demandé aux citoyens tant que la justice n’aura pas établi les responsabilités des prévaricateurs ayant mis le pays dans cette situation difficile, il n’a pas seulement prononcé une phrase politique : il a posé un jalon éthique, un principe fondateur, une colonne vertébrale pour la nouvelle République. Dans un pays où l’on a trop souvent demandé aux plus fragiles de payer la facture des plus forts, son exigence est une rupture : ceux qui ont pillé, signent ; ceux qui ont volé, remboursent. L’Etat n’est plus une cantine.

La presse — ou du moins une certaine frange — s’est empressée de faire porter à cette déclaration la baisse des euro-obligations du Sénégal. On connaît la chanson : dès que Sonko respire, l’économie chancellerait ; dès qu’il parle, les marchés trembleraient. Cette hystérie médiatique relève moins de l’analyse que de la manipulation. Car au fond, les marchés ne sont pas sensibles à l’éthique, mais aux chiffres. Et les chiffres sont têtus : les euro-obligations sénégalaises ont commencé leur trajectoire descendante bien avant la déclaration de Sonko. Les raisons sont structurelles : surendettement, retard sur les ressources pétrolières et gazières, pertes massives dans certaines entreprises publiques, dérives budgétaires et endettement dissimulé. Ce sont ces réalités que les marchés sanctionnent — pas une phrase qui demande justice.

Mais dans les couloirs de certaines rédactions, il fallait absolument trouver un coupable commode, et comme toujours, c’est Sonko. Depuis sept ans, une partie de la presse sénégalaise a développé un réflexe pavlovien : Sonko serait responsable de tout, des tensions politiques aux moustiques de Pikine. Cette obsession frôle le grotesque. Elle révèle un refus profond de voir émerger une pensée politique alternative. Car Sonko incarne la rupture avec l’impunité. Et l’impunité, pour certains, c’est une rente.

La vérité est simple : le peuple sénégalais a été saigné. On lui a demandé d’accepter la hausse des prix, d’endurer la baisse du pouvoir d’achat, d’accueillir avec résignation la faillite de plusieurs politiques publiques. Pendant ce temps, des hommes d’Etat circulaient en jet privé, détournaient des marchés, s’enrichissaient sur les dos des programmes sociaux et menaient grand train. Aujourd’hui, prétendre demander de nouveaux sacrifices à ce peuple sans avoir identifié les responsables relève du cynisme. Sonko refuse ce cynisme. Et c’est précisément pour cela que ses adversaires l’attaquent.

Le PRES — Plan de Redressement Economique et Social — est une nécessité. Nul n’en doute. Mais il n’est pas moralement soutenable tant que les comptes ne sont pas faits. Le Sénégal n’a pas besoin d’une austérité aveugle. Le Sénégal a besoin d’une justice fiscale et judiciaire. Chaque franc mal acquis doit être récupéré, chaque responsable doit répondre, chaque réseau doit être démantelé. Le redressement ne peut pas être payé par la vendeuse de café Touba ou le conducteur de “clando”. Les réformes ne peuvent pas être financées par les sempiternels mêmes : salaires modestes, ménages étouffés, jeunes sans avenir. Il faut inverser la logique : ceux qui sont en haut, pour une fois, doivent contribuer.

Et c’est là que Sonko marque la différence. Là où l’ancien régime demandait la patience, il demande la transparence. Là où l’ancien système faisait payer la classe moyenne, il exige la reddition des comptes des élites. Là où ses prédécesseurs distribuaient des sanctions collectives, il veut des responsabilités individuelles. Ce n’est pas une rhétorique populiste ; c’est une réforme structurelle. Elle choque parce qu’elle est juste.

Qu’on se le dise : la baisse des euro-obligations est également liée à un contexte global. Les Etats africains endettés subissent une défiance généralisée sur les marchés internationaux, liée à la hausse des taux directeurs en Occident, à l’inflation mondiale et au resserrement monétaire. Le Sénégal paie un risque perçu, hérité de l’ancien régime, pas une phrase prononcée dans un meeting. Faire croire l’inverse, c’est de la malhonnêteté intellectuelle. Ceux qui tiennent ce discours savent pertinemment que les investisseurs ne lisent pas les éditoriaux partisans ; ils lisent les rapports de dette, les audits, les classements, les échéances obligataires.

Et puisque nous parlons d’économie : aucun marché financier ne sanctionne la lutte contre la corruption. Au contraire. Lorsque l’Italie, le Brésil ou la Corée du Sud ont engagé des procédures judiciaires contre des prévaricateurs publics, leurs euro-obligations ont remonté. Pourquoi ? Parce que les marchés aiment la discipline institutionnelle. La corruption est un risque. Sa sanction est une garantie. Ce que Sonko propose est exactement ce que le FMI, la BAD et toutes les institutions internationales recommandent depuis vingt ans : transparence, bonne gouvernance, justice. Ce que certains journaux dénoncent est précisément ce que les bailleurs applaudissent en coulisses.

On peut comprendre la fatigue de Sonko face aux critiques infondées. On le caricature chaque jour. On lui prête des intentions contradictoires. On l’accuse, tour à tour, d’être trop radical ou pas assez. Mais dans le fond, cette fatigue est aussi la preuve qu’il tient le bon cap. Les grandes transformations ne se font jamais sans résistance. Et la résistance la plus farouche vient toujours de ceux qui ont peur de rendre des comptes.

Nous sommes en révolution — une révolution pacifique, institutionnelle, morale. Ce n’est pas la révolution de la rue. C’est la révolution du dossier, du justificatif, du contrat, du rapport d’audit. Et pour ceux qui ont longtemps confondu Etat et patrimoine privé, cette révolution est douloureuse. On les entend déjà gémir depuis Paris, Dubaï ou Bruxelles. Tant pis pour eux. L’histoire ne retient jamais les fugitifs.

Il faut dire les choses clairement : le Sénégal n’est pas pauvre ; il a été appauvri. L’argent n’a pas disparu par magie. Il s’est évaporé par corruption, malversations, surfacturations, contrats hasardeux. Aujourd’hui, demander au peuple d’accepter une année supplémentaire de souffrance sans avoir récupéré ces milliards est indécent. Sonko refuse cette indécence.

Ceux qui l’accusent savent que le temps joue contre eux. Le peuple s’éveille. Les réseaux sociaux déjouent les narratifs. Les mensonges s’essoufflent. Et surtout, cette nouvelle génération d’économistes, de juristes, d’auditeurs, de journalistes d’investigation est déterminée. Le système de l’aveuglement volontaire se fissure.

Au bout du compte, le Sénégal doit se poser une question simple : préfére-t-il financer son redressement sur le dos des innocents ou sur le dos des coupables ? Sonko a choisi. Et c’est ce choix qui dérange.

Ceux qui ont pillé, ont la possibilité de prouver leur innocence. Qu’ils reviennent. Qu’ils se présentent. Qu’ils parlent. Qu’ils ouvrent leurs comptes. Mais ils préfèrent le confort du silence. Ce silence est déjà un aveu.

Le Sénégal avance. Avec transparence, avec justice, avec courage. Et si quelques euro-obligations vacillent aujourd’hui, c’est simplement parce que la vérité dérange les marchés de la corruption — pas ceux de la finance.

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