De Mayotte , Par Babacar Fall , Dr en philosophie politique
A l’heure où le Sénégal tente de redéfinir sa trajectoire après une alternance saluée dans le
monde entier, les projecteurs se braquent à nouveau sur le tandem présidentiel : Bassirou
Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko.
Deux hommes, un même projet ! Ne sont-ils pas, dès lors, condamnés à travailler
ensemble ?
Car ce n’est pas la fin du rêve qui se joue, mais peut-être la confrontation de deux lectures de
la rupture et visiblement deux manières de la faire vivre.
D’un côté, Sonko, fidèle à la parole de combat, à la radicalité qui a porté la jeunesse et
réveillé les consciences. Il veille, il alerte, parfois il cogne. Son inquiétude ? Que le système
ne digère trop vite ce pour quoi tant se sont battus.
De l’autre, Diomaye, devenu Président, cherche la voie institutionnelle. Il avance à pas
mesurés, assume les compromis, tente d’inscrire le projet dans la durée. Son risque ? Être
perçu comme s’éloignant du souffle révolutionnaire.
Mais faut-il forcément choisir un camp ? Et si la tension entre eux n’était pas une trahison,
mais une étape ? Et si la rupture, pour durer, devait justement passer par ce débat sur le
rythme, le ton, la méthode ?
Le projet de refondation exige peut-être plus qu’un slogan : il demande une maturité politique
capable de conjuguer l’éthique de conviction à celle de responsabilité pour paraphraser
Wéber.
Si Sonko rappelle l’urgence, Diomaye incarnerait-il la stabilité ? Si tel est le cas, les deux ne
seraient-ils pas nécessaires ? Car le peuple ne saurait perdre, par la division, ce qu’il a gagné
par l’audace. Ce que le pouvoir a conquis par la rue, il doit maintenant le prouver par la
responsabilité.
Le vrai défi, ce n’est donc pas de savoir qui a raison. C’est de faire en sorte que le projet
commun ne se déchire pas sur des questions d’ego ou de style. Le Sénégal mérite mieux
qu’un bras de fer. Il mérite une équipe qui sait conjuguer feu et sang-froid, clarté et
patience.
Et si la rupture, finalement, commençait par l’écoute ? Et si l’écoute, le respect des rôles
et la lucidité politique devenaient enfin les piliers d’une gouvernance nouvelle ? La
vraie rupture, ne serait-elle pas celle avec nos vieux démons : l’orgueil, la division, la
stratégie court-termiste ?