Par Mamadou Sèye
Camarade, il faut regarder les faits tels qu’ils sont, et non tels que les faiseurs de panique aimeraient qu’ils paraissent. Le Président de la République en mission en Angola, le Premier ministre aux Emirats, tous les deux hors du territoire au même moment, voilà qui semble affoler quelques esprits anxieux. Mais cette agitation n’est que la preuve d’une incompréhension fondamentale : on ne quitte pas un pays en crise. S’ils sont à l’étranger, c’est précisément parce que tout est sous contrôle au Sénégal.
Les structures de l’Etat fonctionnent. L’armée tient son rang. Les institutions tournent sans heurt. Et, surtout, la coalition politique mise sur pied par le Président n’a absolument rien changé à la réalité du pouvoir, qui demeure entre les mains du PASTEF, de son leadership, de son programme, et de ses responsabilités historiques. Le débat puéril autour de cette coalition n’est qu’un rideau de fumée pour ceux qui cherchent encore à existir médiatiquement. Le pays, lui, avance.
Quant à l’opposition, camarade, quel espace pourrait-elle exploiter ? Elle n’existe pas. Elle ne propose rien, ne fédère rien, ne produit aucune lecture stratégique du moment. Elle n’est qu’un agrégat de fragments sans horizon, regardant passer l’histoire sans y participer. Les absences simultanées du Président et du Premier ministre ne lui ont offert aucune respiration politique, aucune opportunité. Le vide ne profite qu’au vide.
Dès lors, l’inquiétude exprimée par M. Mansour Sy Djamil relève davantage d’un réflexe rhétorique que d’une analyse sérieuse. On peut comprendre le besoin médiatique de faire entendre sa voix, mais on ne peut pas confondre parole et pertinence. Il n’y a aucune raison objective d’être inquiet. Le pays n’est pas à la merci du hasard ou d’une prétendue vacance du pouvoir. Les mécanismes constitutionnels existent, fonctionnent et continueront de fonctionner.
Il est temps, oui, de mettre fin au bavardage. Le Sénégal n’est pas un village où l’absence simultanée du chef et de son adjoint crée l’effroi. C’est un Etat structuré, souverain, doté d’un appareil administratif robuste et d’une continuité institutionnelle solide. Le reste n’est que bruit. Et dans les périodes de bruit, camarade, la meilleure arme reste la lucidité.