Par Mamadou Sèye
Camarade, revenons à notre lecture symptomale — au sens althussérien le plus discipliné : lire les silences, les fissures, les absences, les zones d’ombre d’un discours pour comprendre ce qu’il cherche désespérément à cacher. Et l’affaire du supposé ralliement du ministre Serigne Guèye Diop à la coalition Diomaye se prête parfaitement à cet exercice. Car ici, ce qui manque dit tout.
Le ministre « prend note » de l’information. C’est une formule froide, impersonnelle, presque administrative : une manière élégante de dire que cette coalition ne fait pas partie de son univers politique. Puis, dans sa note officielle, il s’empresse de réaffirmer qu’il consacre son énergie à la stabilité institutionnelle et à l’entente entre le Président et son Premier ministre. Autrement dit : son axe n’est pas horizontal, il est vertical, institutionnel, républicain. Rien, absolument rien, dans son propos, ne renvoie à une quelconque adhésion à un regroupement périphérique en quête d’existence.
Et c’est là que notre lecture symptomale révèle l’essentiel : le besoin qu’a cette coalition d’annoncer des adhésions non confirmées est le signe le plus éclatant de sa décomposition interne. Une structure solide n’a pas besoin de fabriquer des ralliements imaginaires. Une structure crédible ne se nourrit pas de fiction. Une structure légitime n’a pas besoin de faire dire aux autres ce qu’ils n’ont jamais dit.
Mais au-delà de cet épisode, camarade, c’est l’architecture même de cette coalition qui porte en elle les germes de son pourrissement.
Peut-on imaginer un seul instant le Président de la République aux côtés des membres de cette coalition qui porte son nom ?
La réponse est évidente : absolument pas. Ce serait un désastre symbolique, un effondrement d’image, une perte d’autorité. On n’expose pas un Président à un théâtre d’ombres. On ne dilue pas la stature présidentielle dans un rassemblement qui peine à aligner trois personnalités de cohérence nationale. Ce serait s’abandonner à la déraison politique. Et le Président en est parfaitement conscient.
La vérité, camarade — et la coalition le sait mieux que quiconque — c’est que sa mort politique est scellée depuis le jour où il a été acté qu’elle ne pourrait jamais compter parmi ses membres la principale force politique du pays : le PASTEF. Comment une coalition peut-elle exister quand elle se prive du moteur, de la base militante, de l’énergie populaire, du réseau territorial, et de la légitimité électorale ? C’est comme vouloir bâtir un immeuble en commençant par retirer les fondations.
Sans le PASTEF, cette coalition n’a ni poids, ni souffle, ni avenir. Elle n’a que le vacarme pour tenter de masquer le vide. Et c’est ce vide, camarade, que l’épisode Serigne Guèye Diop révèle avec une précision chirurgicale.
Ce qui subsiste alors, c’est la thèse du pourrissement : une coalition qui se dessèche de l’intérieur, qui se délite progressivement, qui n’a ni projet, ni ancrage, ni figures crédibles, et qui se retrouve réduite à brandir des illusions pour sauver les apparences. Elle est déjà morte, mais elle refuse encore de s’en rendre compte. Elle flotte, elle grince, elle s’agite, mais la sentence est prononcée : on ne peut relancer ce qui n’a jamais réellement commencé.
Camarade, la lecture symptomale ne dévoile pas seulement une absence de ralliement : elle expose la faillite totale d’une coalition condamnée à végéter en périphérie pendant que le pays avance. Une coalition figée dans un déclin inexorable, incapable d’attirer des personnalités d’un certain standing, et que même le Président, dont elle prétend porter le nom, ne peut rejoindre sans s’abîmer.
Et c’est justement parce que la coalition ne survivra pas à ce pourrissement que certains, aujourd’hui, préfèrent garder leurs distances. Ils observent, en silence, l’inévitable. Ils savent qu’il n’y a plus rien à sauver.