Par Mamadou Sèye
A voir ce qui s’est passé en Guinée-Bissau, il faut avoir le courage de poser la vraie question : à quoi sert encore la CEDEAO quand elle se réunit sur des crises qu’elle refuse délibérément de nommer ? La non-publication des résultats, la manipulation grossière des procédures et la mise en scène d’un faux coup d’Etat ne sont ni des rumeurs ni des approximations. Ce sont des faits connus, documentés, assumés. Et pourtant, on convoque un sommet comme on convoquerait une séance d’alibi.
La CEDEAO ne manque pas d’informations, elle manque de volonté. Elle sait, mais elle choisit de ne pas voir. Elle comprend, mais elle décide de ne pas agir. Elle préfère la stabilité factice des arrangements entre chefs d’Etat à la vérité des urnes et à la souveraineté des peuples. Dès lors, le sommet annoncé ressemble moins à une solution qu’à une opération de blanchiment politique.
Comment prendre au sérieux une organisation régionale qui, dans le même espace, tolère les contorsions constitutionnelles, ferme les yeux sur les confiscations électorales et laisse prospérer des présidences sans fin ? Quand Alassane Ouattara prête serment pour un quatrième mandat arraché par la force du droit tordu, toute la rhétorique démocratique de la CEDEAO s’effondre. On ne peut pas être juge et partie, donneur de leçons ici et complice silencieux là-bas.
C’est précisément cette hypocrisie structurelle qui a conduit les Etats de l’AES à rompre. Leur décision n’est pas une lubie idéologique ; c’est un constat politique sévère : une CEDEAO devenue sélective dans ses indignations, implacable avec certains, étrangement indulgente avec d’autres. Une organisation qui punit quand ça l’arrange et absout quand ça l’arrange ne peut plus incarner une boussole morale.
Dans ces conditions, que peut produire ce sommet ? Une déclaration creuse, quelques formules diplomatiques, et le maintien du statu quo. La crise bissau-guinéenne ne sera pas réglée par des communiqués, mais par la vérité des urnes et le respect de la volonté populaire — deux notions que la CEDEAO semble avoir reléguées au second plan.
Oui, c’est une honte. Et tant que la CEDEAO refusera de se réformer, de s’appliquer à elle-même les principes qu’elle proclame, chaque sommet supplémentaire ne fera qu’élargir le fossé entre les institutions régionales et les peuples ouest-africains. Une organisation qui s’accommode du faux ne peut ni arbitrer le vrai, ni réconcilier la région avec la démocratie.