Mamadou Lakh, la dignité du combat silencieux

Par Mamadou Sèye

Un militant de l’ombre, un ingénieur du réel, un révolutionnaire sans tapage vient de tirer sa révérence. Mamadou Lakh a été rappelé auprès de son Créateur, laissant derrière lui l’empreinte rare de celles et ceux qui ont su conjuguer compétence technique, courage politique et fidélité idéologique.

Il fut de cette génération fondatrice qui, dans les années 70, donna corps à la Nouvelle Gauche, à une époque où penser autrement relevait déjà de l’acte subversif, et où s’organiser relevait du sacrifice. Cette gauche-là ne se contentait pas de proclamations : elle descendait dans les terroirs, parlait aux paysans, organisait les invisibles, et semait, patiemment, les graines d’une transformation sociale durable.

Ingénieur du génie rural, Mamadou Lakh a joué un rôle majeur au sein de l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS). Il participa activement à la construction et au renforcement de cette institution stratégique, l’une des expériences les plus abouties de coopération régionale en Afrique de l’Ouest. Chez lui, la maîtrise des chiffres, des ouvrages hydrauliques et des schémas d’aménagement n’a jamais été dissociée d’une lecture politique du développement : le progrès n’avait de sens que s’il servait les populations.

Dans le contexte étouffant du parti unique et de la répression féroce, son statut de jeune ingénieur brillant, intervenant dans un secteur technique sensible, constitua une couverture précieuse. Derrière les missions officielles et les déplacements professionnels se menait un autre combat, plus risqué encore : l’implantation de cellules paysannes clandestines de l’Organisation nationale démocratique, matrice de ce qui deviendra Ànd-Jëf/MRDN en 1981, puis Ànd-Jëf/PADS en 1991.

Ànd-Jëf/PADS fut bien plus qu’une formation politique. Ce fut une école de pensée et de rigueur militante, une matrice intellectuelle et organisationnelle portée par des figures comme Landing Savané , Mamadou diop Decroix, Pape Touty Sow, et par toute une constellation de cadres et de militants souvent anonymes, dont Mamadou Lakh fut l’un des plus constants. Une gauche de terrain, exigeante, profondément enracinée dans les luttes populaires, convaincue que la dignité sociale ne se décrète pas, elle se conquiert.

Et peut-être est-ce là, au fond, la plus grande leçon que nous lègue Mamadou Lakh : les révolutions durables ne font pas toujours du bruit. Elles avancent comme les fleuves qu’il a contribué à maîtriser et à valoriser — lentement, obstinément, façonnant les paysages sans jamais renier leur source. A l’heure où l’engagement se confond trop souvent avec l’instantané, la visibilité ou la posture, son itinéraire rappelle que la politique peut être une éthique du temps long, une fidélité silencieuse aux causes justes, une constance qui survit aux modes et aux renoncements.

Ils furent nombreux, dans cette génération de la Nouvelle Gauche et d’Ànd-Jëf, à accepter de ne pas récolter ce qu’ils avaient semé. Mamadou Lakh était de ceux-là. Il savait que l’Histoire n’est pas toujours reconnaissante, mais qu’elle est implacablement juste avec celles et ceux qui travaillent à ses fondations. Sa vie appartient désormais aux archives morales du Sénégal politique, celles qui ne saturent pas les discours officiels, mais structurent en profondeur la conscience collective.

A sa famille biologique, à ses amis, à ses compagnons de lutte d’hier et d’aujourd’hui, nous adressons nos condoléances les plus sincères et les plus fraternelles.

Qu’Allah (swt) l’accueille dans les jardins de Firdaws.
Et que la terre sénégalaise, pour laquelle il a tant œuvré, lui soit légère.

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