Quand le ballon, les factures allégées et les fêtes étouffent l’opposition

Par Mamadou Sèye

L’opposition sénégalaise avait déjà du mal à exister. Son activité politique s’était progressivement réduite à un réflexe unique : l’antisonkoisme. Peu de propositions structurées, peu de vision alternative, encore moins de récit mobilisateur. Une opposition plus réactive que créative, davantage occupée à combattre un homme qu’à convaincre un peuple.

Puis est arrivée la Coupe d’Afrique des Nations, et avec elle un basculement total de l’attention nationale. Le pays s’est déplacé ailleurs, vers les stades, les écrans et les débats sportifs. Pendant que certains cherchaient encore l’angle d’attaque politique, le peuple parlait composition d’équipe, chances de qualification et exploits attendus. Le football a réussi là où beaucoup avaient échoué : reléguer la politique au second plan sans affrontement.

Dans le même temps, le contexte économique est venu compliquer davantage l’équation pour l’opposition. Baisse des prix du carburant, ajustements sur certaines denrées de première nécessité, et surtout l’annonce très attendue d’une baisse du coût de l’électricité pour début janvier. Qu’on juge ces mesures suffisantes ou non, elles produisent un effet politique évident : elles apaisent, elles temporisent, elles désamorcent la colère immédiate.

Et puis il y a les fêtes de Noël et de fin d’année. Un moment où la société se replie sur l’essentiel : la famille, les dépenses incontournables, les bilans personnels et les espoirs pour l’année à venir. La contestation ne rivalise pas avec les guirlandes, et les mots d’ordre politiques pèsent peu face aux préoccupations domestiques. Qui veut descendre dans l’arène quand on cherche surtout à finir l’année sans trop de casse ?

Résultat : dur dur pour l’opposition. Coincée entre un calendrier favorable au pouvoir — sport, mesures économiques apaisantes, fêtes — et sa propre incapacité à sortir du rejet comme unique boussole, elle disparaît presque du paysage. Le football détourne les regards, l’économie calme les nerfs, les fêtes anesthésient les colères, et dans ce contexte, le silence autour de l’opposition devient son message le plus audible.

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