Détente-CAN : au Sénégal, tout le monde est entraîneur… et personne ne veut perdre

Par Mamadou Sèye

Au Sénégal, dès que la Coupe d’Afrique commence, le pays entre en état d’alerte footballistique. La République devient un vestiaire, le salon un banc de touche et le téléphone un micro de consultant sportif. Tout le monde est entraîneur, tout le monde connaît la meilleure composition, et surtout tout le monde sait ce qu’il ne fallait pas faire après le match.

Le plus drôle, c’est que même ceux qui n’ont jamais tapé dans un ballon donnent des consignes. Ici, on entraîne avec la télécommande à la main, le thé qui bout et la tension qui monte. Et attention : si on marque quand tu es debout, tu ne t’assois plus. Si on encaisse un but quand tu arrives, on te prie gentiment de ressortir.

Car oui, la CAN au Sénégal, c’est aussi une affaire de superstition nationale.
Il y a celui qui remet le même boubou depuis 2021.
Celui qui change de place à chaque mi-temps.
Celui qui interdit à son cousin de regarder le match parce que « quand il est là, on souffre trop ».

On est champions d’Afrique, mais on joue chaque match comme si on avait encore quelque chose à prouver. La peur de perdre est là, bien installée, plus forte parfois que le plaisir de jouer. Dès qu’on mène 1–0, tout le monde devient sélectionneur défensif : « reculez un peu », « faut gérer », « attention, la CAN n’est jamais facile ».

Et pourtant, soyons sérieux deux minutes : le Sénégal n’a jamais eu une équipe aussi complète. De la défense à l’attaque, il y a du talent, de l’expérience et de la discipline. Le vrai combat se joue ailleurs : dans la tête. Car à force de vouloir absolument gagner, on oublie parfois de jouer.

Alors chacun y va de son expertise populaire :
Il faut sortir celui-là.
Pourquoi il ne fait pas entrer l’autre ?
Moi à sa place, j’aurais changé à la 60e.

Le sélectionneur peut changer, les entraîneurs de salon, eux, restent les mêmes. Et après le match, victoire ou pas, le Sénégal devient champion du débrief. Trois passes ratées, un corner mal tiré, et c’est parti pour une analyse digne de la Ligue des champions.

Mais au fond, c’est aussi ça qui fait le charme. Le football nous rassemble, nous stresse, nous fait rire et parfois nous rend un peu fous. Pendant 90 minutes, les problèmes attendent, les divergences s’oublient, et tout le monde regarde dans la même direction.

Une chose est sûre : qu’on gagne ou qu’on perde, au Sénégal, le match ne s’arrête jamais au coup de sifflet final.

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