Par Mamadou Sèye
Ce qui s’est passé hier à Rabat avec les Lions du football relève d’un scandale inacceptable qui dépasse largement le cadre du sport. Arrivée dans la capitale marocaine pour disputer, ce dimanche, une finale contre le pays organisateur, la délégation sénégalaise n’a bénéficié d’aucun dispositif de sécurité sérieux, se retrouvant livrée à la foule, avec tous les risques que cela comportait pour des joueurs de haut niveau appelés à défendre les couleurs de leur Nation.
Dans toute compétition digne de ce nom, l’accueil d’un finaliste obéit à un protocole clair : sécurité, encadrement, respect. Rien de cela n’a été observé. Les Lions ont été exposés inutilement, comme si leur statut de finalistes ne méritait aucune considération particulière, comme si l’enjeu sportif autorisait toutes les négligences.
A cette arrivée chaotique s’est ajoutée une autre scène tout aussi troublante. La délégation a été convoyée vers un hôtel indigne des standards d’une finale internationale, que les joueurs ont légitimement refusé d’occuper. Ce n’est qu’après cette humiliation que l’équipe a finalement été installée dans un établissement cinq étoiles, dans une improvisation révélatrice d’une organisation défaillante.
Plus grave encore, à moins de vingt-quatre heures de la finale, les Lions n’avaient toujours pas accès à un terrain d’entraînement. Une situation tout simplement inconcevable à ce niveau de compétition. La préparation d’une finale se joue dans les détails : récupération, réglages tactiques, concentration mentale. Priver une équipe de cette étape essentielle revient à rompre l’égalité des chances et à porter atteinte à l’équité sportive.
Face à cette accumulation de dysfonctionnements, le sélectionneur sénégalais n’est pas resté silencieux. En conférence de presse, il a publiquement dénoncé cette situation, mettant des mots sur ce que tout le monde voyait mais que certains auraient préféré taire. Cette prise de parole, responsable et courageuse, souligne à quel point le malaise était réel et profond. Quand un entraîneur, à la veille d’une finale, choisit d’alerter l’opinion, c’est que le seuil du tolérable a été largement dépassé.
On ne peut pas se proclamer organisateur d’un grand événement sportif et, dans le même temps, faillir à ses obligations les plus élémentaires envers une équipe adverse. L’hospitalité, la neutralité et le respect ne sont pas des options ; ce sont des exigences fondamentales. Une finale ne doit jamais se jouer dans l’ombre des arrangements, de l’improvisation ou de la pression indirecte.
Les « Lions » iront au combat, fidèles à leur réputation de dignité et de résilience. Mais ce qui s’est produit à Rabat pose une question essentielle pour l’avenir du football africain : peut-on encore parler de fair-play quand l’organisation elle-même devient un facteur de déséquilibre ? Le football ne peut grandir que dans la transparence, l’équité et le respect mutuel. Tout le reste n’est que façade.