La dette honorée, la souveraineté affirmée

Par Mamadou Sèye

Il y a des moments où l’histoire économique d’un pays bascule silencieusement. Pas dans le tumulte des meetings. Pas dans la fureur des réseaux sociaux. Mais dans la froide rigueur d’un virement international. En mars 2026, le Sénégal devra rembourser 485 millions de dollars d’eurobonds. Et le Sénégal paiera.

Ce geste, que certains voulaient transformer en épreuve insurmontable, deviendra un acte fondateur. Depuis des mois, des voix annonçaient l’impasse. On évoquait la restructuration comme une fatalité. On insinuait l’impréparation. On prophétisait la fragilité. La suspension du programme avec le Fonds monétaire international avait nourri les spéculations. Les taux mondiaux élevés et la tension sur les économies émergentes semblaient offrir un terrain fertile aux scénarios alarmistes.

Mais gouverner, ce n’est pas commenter l’orage. C’est tenir la barre.

Sous l’impulsion du Président Bassirou Diomaye Faye et avec la conduite stratégique du Premier ministre Ousmane Sonko, une décision claire a été prise : pas de restructuration précipitée, pas de signal de faiblesse, pas de renégociation sous pression. Ce choix n’était ni idéologique ni émotionnel. Il était technique.

Dans l’univers de la dette souveraine, restructurer revient souvent à admettre une incapacité temporaire à honorer ses engagements. Les marchés traduisent cela en hausse de primes de risque, en dégradation de la signature, en accès plus coûteux aux financements futurs. Une restructuration peut soulager à court terme, mais elle pèse longtemps sur la crédibilité.

Refuser cette voie, c’était protéger le capital le plus précieux d’un Etat : sa parole.

Car la dette n’est pas qu’un chiffre. Elle est un contrat. Elle est une relation de confiance. Elle est une signature.

Pour mobiliser 485 millions de dollars dans un contexte mondial contraint, il fallait plus qu’un discours. Il fallait une architecture financière solide. Le gouvernement a activé plusieurs leviers : recours maîtrisé au marché régional de l’UEMOA, amélioration significative des recettes fiscales, rationalisation des dépenses, gestion prudente de la trésorerie. La collecte renforcée de la TVA et de l’impôt sur les sociétés, la lutte contre les fuites et les gaspillages, la priorisation des engagements ont permis de dégager les marges nécessaires.

Ce travail est invisible aux yeux de ceux qui confondent gouvernance et communication. Il est pourtant décisif.

On découvre ici une dimension essentielle du leadership actuel : la maîtrise technique. Ousmane Sonko n’est pas seulement un acteur politique de rupture. Il apparaît comme un décideur qui comprend les mécanismes des marchés, qui mesure l’impact d’un spread qui s’élargit, qui sait qu’une signature souveraine fragilisée renchérit chaque financement futur. Gouverner, c’est arbitrer entre souveraineté et stabilité. C’est assumer la rupture sans hypothéquer l’avenir.

En mars, lorsque les 485 millions seront versés, le message sera clair. Aux investisseurs : le Sénégal reste solvable et discipliné. Aux partenaires : la réforme ne signifie pas rupture des engagements. A l’Afrique : il est possible d’affirmer une vision politique ambitieuse tout en respectant les standards financiers internationaux.

Ce remboursement ne résout pas tous les défis. Le pays doit accélérer son industrialisation, créer des emplois massifs pour la jeunesse, stabiliser le coût de la vie, transformer ses ressources énergétiques en prospérité partagée. Mais aucune transformation structurelle ne peut s’édifier sur une crédibilité entamée. La solidité financière est le socle de toute ambition nationale.

Ce qui fera date en mars 2026, ce ne sera pas simplement un paiement. Ce sera la démonstration qu’un Etat africain peut refuser la facilité d’une restructuration hâtive, mobiliser ses propres leviers, assumer ses obligations et renforcer sa signature. Ce sera la preuve que la souveraineté ne s’oppose pas à la rigueur ; elle s’appuie sur elle.

Les prophéties de défaut s’effacent devant la réalité des chiffres. Les spéculations s’inclinent devant la discipline budgétaire. Et le Sénégal, en honorant sa dette, affirmera une vérité simple et puissante : la parole de l’Etat est tenue.

Mars 2026 ne sera pas une échéance redoutée.
Ce sera une date gravée dans la crédibilité retrouvée.

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