Par Mamadou Sèye
Aujourd’hui , à 10 heures, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale du Sénégal, ce ne sera pas une simple séance de questions d’actualité. Ce sera un moment de clarification nationale. Le Premier ministre Ousmane Sonko s’avance dans un contexte lourd, scruté, presque électrique : celui d’une échéance de dette en mars, observée par les marchés, commentée par les chancelleries, exploitée par l’opposition.
Et pourtant, au cœur des informations qui remontent, un fait s’impose : le Sénégal paiera. Le Sénégal honorera ses engagements. Et cela malgré l’absence, à ce stade, du décaissement attendu du FMI. Voilà le véritable événement politique.
Depuis des semaines, certains prédisaient l’asphyxie. D’autres spéculaient sur l’humiliation d’un défaut. D’autres encore attendaient le “chèque” comme une bouée de sauvetage indispensable. Or ce qui se dessine, c’est exactement l’inverse : une capacité à mobiliser des ressources internes et des mécanismes alternatifs pour tenir la parole de l’Etat.
Ce passage devant les députés prend donc une dimension stratégique. Parce que l’opposition, cette fois, n’a pas choisi la chaise vide. Elle sera là. Elle interrogera. Elle tentera d’éprouver la solidité de la trajectoire. Et c’est tant mieux. La démocratie ne se nourrit pas d’absences calculées, mais de confrontations argumentées.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : le débat ne portera pas uniquement sur des lignes budgétaires. Il portera sur la crédibilité d’un cap. Depuis l’alternance, l’exécutif martèle une ligne : souveraineté, rationalisation des dépenses, lutte contre les fuites financières, restauration de la discipline budgétaire. Mars devient le premier test grandeur nature.
Payer sans attendre le décaissement du Fonds monétaire international, ce n’est pas un simple exercice technique. C’est un signal. Un message aux marchés : le Sénégal reste fiable. Un message aux citoyens : l’Etat tient debout. Un message aux partenaires : la dépendance n’est pas une fatalité.
Il faudra évidemment de la pédagogie. Le peuple est éveillé. Il ne se contente plus de déclarations. Il veut comprendre comment, avec quelles marges, par quels arbitrages. Il veut savoir si l’effort est conjoncturel ou structurel. Il veut mesurer si la rigueur annoncée s’applique à tous.
Ce passage parlementaire est donc une épreuve de vérité. Pour le gouvernement, qui devra détailler, rassurer, convaincre. Pour l’opposition, qui devra dépasser l’invective pour produire des alternatives crédibles. Le temps des slogans est terminé. Celui des chiffres commence.
Si le paiement est effectivement assuré dans ces conditions, ce sera plus qu’un règlement d’échéance : ce sera une démonstration de maîtrise. Une manière d’affirmer que la souveraineté ne se proclame pas, elle se pratique.
Aujourd’hui , à l’Assemblée, il ne s’agira pas seulement de répondre à des questions. Il s’agira d’installer une doctrine : un Etat qui assume ses engagements, même dans la contrainte, et qui refuse que sa stabilité financière dépende d’un seul guichet.
Mars approche. La République joue sa crédibilité. Et dans l’hémicycle, plus que des paroles, c’est une ligne de force qui sera scrutée : celle d’un Sénégal qui entend payer ses dettes sans hypothéquer sa dignité.