Refuser la restructuration, payer la dette et tenir debout : le pari souverain du Sénégal

Par Mamadou Sèye

Il est des décisions qui engagent une génération. Lorsque le gouvernement dirigé par Ousmane Sonko a fait le choix de refuser la restructuration de la dette et d’honorer les échéances malgré l’absence du décaissement attendu du Fonds monétaire international, il ne s’agissait pas d’un simple arbitrage financier. C’était un acte politique. Un acte de souveraineté.

La restructuration, pour beaucoup, semblait l’option “raisonnable”. Elle aurait offert un répit, un étalement, une respiration comptable. Mais elle aurait aussi envoyé un signal de fragilité. Elle aurait installé le doute sur la signature du Sénégal. Elle aurait ouvert une ère d’incertitude sur les marchés. Le gouvernement a choisi une autre voie : payer, sans restructurer.

Ce choix n’était pas évident. Les échéances, notamment sur les Eurobonds, étaient lourdes. L’absence temporaire du chèque du FMI aurait pu servir d’argument pour demander un report, engager des négociations ou activer un mécanisme de reprofilage. Rien de tout cela n’a été retenu. Pourquoi ? Parce que restructurer, dans le contexte actuel, aurait signifié inscrire le pays dans une trajectoire de dépendance prolongée et de crédibilité affaiblie.

Refuser la restructuration, c’est dire au monde : le Sénégal honore sa parole. C’est affirmer que la souveraineté ne consiste pas à rompre avec ses créanciers, mais à assumer ses engagements sans se placer en situation de vulnérabilité permanente. C’est comprendre que la confiance est un capital plus précieux que n’importe quel allègement temporaire.

La première bataille fut donc celle de la crédibilité internationale. En tenant les paiements, le gouvernement a préservé la réputation financière du pays. La deuxième bataille fut interne : rationalisation des dépenses, mobilisation accrue des recettes, priorisation stricte des urgences. La discipline budgétaire est devenue une arme stratégique.

Troisième bataille : la diversification. Plutôt que de dépendre exclusivement du FMI, le gouvernement a renforcé le recours au marché régional, consolidé l’épargne domestique et intensifié les discussions bilatérales. Il ne s’agit pas de rejeter les institutions internationales, mais de ne pas leur abandonner le levier central de la respiration financière.

Ce refus de la restructuration est aussi un message politique interne. Il signifie que la facilité n’est pas la ligne. Que la tentation du court terme ne primera pas sur la solidité du long terme. Qu’il est possible de conjuguer responsabilité financière et ambition souveraine.

Certains prédisaient la catastrophe. D’autres espéraient la déroute pour valider leurs prophéties alarmistes. Or, les échéances sont honorées. Les engagements sont tenus. La stabilité est préservée. La dette est payée sans restructuration et sans décaissement immédiat du FMI. Voilà le fait politique central.

L’optimisme n’est pas une posture incantatoire. Il repose sur une dynamique : crédibilité maintenue, signature protégée, discipline budgétaire renforcée. Si cette trajectoire se consolide par une transformation productive — industrialisation, valorisation des ressources, élargissement de l’assiette fiscale — alors cette période sera lue comme un moment fondateur.

Car au fond, ce qui se joue dépasse la technique financière. Il s’agit de savoir si un pays africain peut, dans un contexte global tendu, refuser la restructuration, honorer sa dette et préserver sa dignité économique. La réponse, aujourd’hui, est en train de s’écrire.

Et elle s’écrit debout.

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