Par Mamadou Sèye
Il fut un temps où le général De Gaulle qualifiait l’ONU de “grand machin”. Une formule brutale, presque insolente, mais qui, avec le recul, conserve une part de lucidité : celle d’une organisation mondiale où la parole est souvent plus abondante que la décision.
Aujourd’hui encore, à New York, cette architecture diplomatique continue de fonctionner à plein régime. Comités, forums, panels d’experts, sessions thématiques : l’ONU est devenue une vaste fabrique de recommandations, un lieu où l’on produit du consensus comme d’autres produisent des rapports.
C’est dans cet environnement que se situe la participation de certaines personnalités politiques africaines, dont Mme Aminata Touré. Contrairement à ce que certains titres peuvent laisser entendre, il ne s’agit pas d’un poste de “conseillère personnelle du Secrétaire général” de l’ONU.
Dans le cas présent, elle participe à un comité d’experts sur l’administration publique (UN-CEPA), un organe consultatif qui réunit des spécialistes et personnalités chargées de réfléchir aux questions de gouvernance, d’efficacité administrative et de développement institutionnel. Ce type de structure ne relève pas d’un cabinet politique au sens strict, mais d’un espace d’expertise et de réflexion.
Autrement dit : on n’est pas dans les coulisses du pouvoir exécutif onusien, mais dans un cercle où l’influence est surtout intellectuelle et technique, et non décisionnelle.
Cette nuance est essentielle, car elle évite les confusions fréquentes entre participation à une instance internationale et position de conseil direct auprès du Secrétaire général.
Dans le même temps, sur la scène politique sénégalaise, les débats internes continuent de se projeter sur l’échiquier international, notamment avec la candidature annoncée de Macky Sall à de futures responsabilités globales. Là encore, l’imaginaire diplomatique prend souvent le dessus sur la réalité institutionnelle, transformant chaque mouvement en symbole géopolitique majeur.
Pendant ce temps, les préoccupations quotidiennes des citoyens — emploi, pouvoir d’achat, services publics, stabilité sociale — restent en arrière-plan, comme si la politique nationale cherchait parfois à se refléter davantage dans les salons internationaux que dans les rues des capitales.
Et pourtant, la question demeure inchangée : que pèse réellement cette mécanique onusienne face aux crises du monde réel ? Conflits prolongés, violations répétées du droit international, tensions géopolitiques : l’ONU observe, alerte, condamne parfois, mais agit rarement avec la rapidité ou la coercition que les peuples attendent.
Le “grand machin” de De Gaulle n’a donc pas disparu. Il s’est simplement sophistiqué, structuré, institutionnalisé. Mais son paradoxe demeure : plus il se complexifie, plus il donne l’impression d’un pouvoir dilué.
Ainsi, entre les ambitions individuelles, les lectures politiques locales et les scènes internationales, se dessine une constante : la diplomatie moderne est devenue un théâtre où l’on confond parfois visibilité, influence et pouvoir réel.
Et pendant que les projecteurs se braquent sur New York, le monde réel, lui, continue de poser ses questions sans attendre les conclusions des comités.