Réforme du code électoral : sortir des fantasmes, revenir au droit et affronter le verdict des urnes

Par Mamadou Sèye

Le débat autour de la réforme du code électoral a pris une tournure pour le moins confuse, entretenue à dessein par ceux qui préfèrent déplacer le terrain de la confrontation. A force de répétitions, certains tentent d’imposer une idée trompeuse : cette réforme serait une clé décisive pour ouvrir ou fermer la voie à une candidature de Ousmane Sonko. C’est inexact, et il faut le dire sans détour.

Pour les esprits les plus pragmatiques, les faits sont têtus. Aujourd’hui, juridiquement, rien ne fait obstacle à une candidature de Sonko en 2029 s’il décide de se présenter. Mieux encore, un élément concret, récent et incontestable vient clore le débat : il a été tête de liste de son parti lors des dernières élections législatives. Cela signifie, de manière limpide, qu’il était électeur et éligible au moment du scrutin. Point final.

Dans un Etat de droit, on ne peut pas être à la fois éligible pour conduire une liste nationale et, par un tour de passe-passe argumentatif, devenir inéligible pour une présidentielle à venir. Cette contradiction ne tient ni juridiquement, ni politiquement. Vouloir entretenir cette ambiguïté relève donc moins d’une analyse sérieuse que d’une stratégie de brouillage.

Dès lors, il faut remettre les pendules à l’heure : la réforme du code électoral n’a pas pour objet de régler le cas de Sonko, et elle ne le pourrait pas, même si certains le souhaitaient. Les règles électorales ne s’écrivent pas pour une personne, encore moins pour anticiper une compétition future en ciblant un acteur précis. Elles encadrent un jeu démocratique qui doit rester ouvert, lisible et équitable pour tous.

Ce déplacement du débat vers une personnalisation excessive est révélateur d’un malaise plus profond. Une partie de l’opposition semble s’accrocher à l’idée qu’une solution juridique viendrait compenser une difficulté politique. C’est une impasse. Car la démocratie n’est pas un mécanisme d’élimination préalable des adversaires ; elle est, par essence, une épreuve de vérité devant le peuple.

Il faut avoir le courage de le dire : espérer battre un adversaire en le déclarant inéligible, plutôt qu’en le battant dans les urnes, est une posture politiquement faible et juridiquement fragile. A terme, une telle stratégie abîme la crédibilité de ceux qui la portent et fragilise la confiance dans les institutions.

Le véritable enjeu est ailleurs. Il réside dans la capacité des acteurs politiques à proposer une alternative crédible, à convaincre, à mobiliser. Si Ousmane Sonko est candidat en 2029, il devra être affronté sur le terrain démocratique, avec des idées, un programme et une vision. Tout le reste — les spéculations, les calculs d’exclusion, les lectures biaisées du droit — ne fait que retarder une confrontation inévitable.

Au fond, ce débat est un test de maturité démocratique. Accepte-t-on réellement le principe de la compétition ouverte, ou cherche-t-on encore à en maîtriser les issues en amont ? La réponse à cette question dira beaucoup de l’état de notre démocratie.

Une chose, en revanche, est déjà acquise : le droit, lui, est clair. Et il ne se plie pas aux stratégies politiques du moment.

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