Train de vie de l’Etat : le courage politique d’Ousmane Sonko ou la reconquête de la souveraineté budgétaire

Par Mamadou Sèye

Il est des décisions qui ne se prennent pas pour plaire, mais pour redresser. La suppression de 19 agences publiques annoncée par le Premier ministre Ousmane Sonko s’inscrit dans cette catégorie rare des actes de gouvernement qui privilégient l’intérêt supérieur de la Nation sur le confort politique immédiat. Dans un contexte international marqué par la raréfaction des ressources concessionnelles et l’absence de « chèque » du Fonds monétaire international, le Sénégal fait le choix clair de compter d’abord sur ses propres forces.

Il fallait oser. Oser remettre en question un empilement d’agences, de directions et de structures parfois créées au fil des urgences politiques, des équilibres partisans ou des besoins de caser des clientèles. Oser dire que l’Etat ne peut plus être un distributeur automatique de postes, mais doit redevenir un stratège, sobre, cohérent et efficace. Oser affirmer que chaque franc public doit produire de la valeur collective.

Cinquante-cinq milliards de FCFA d’économies projetées, ce n’est pas un simple ajustement comptable. C’est un signal. Un message adressé aux partenaires techniques et financiers : le Sénégal assume sa discipline budgétaire. Un message aux marchés : la gouvernance change. Un message surtout aux citoyens : l’effort commence par le sommet.

Dans une période où l’on aurait pu céder à la facilité de l’endettement ou à l’attentisme en espérant une perfusion extérieure, le gouvernement opte pour la rationalisation interne. Ce choix est éminemment politique. Il consacre une philosophie : la souveraineté ne se proclame pas, elle se construit par la maîtrise de ses dépenses, la hiérarchisation de ses priorités et la fin des doublons administratifs.

L’opposition, sans surprise, brandira l’argument de la suppression d’emplois. Elle parlera de casse sociale. Mais la vérité mérite d’être rappelée : nombre de ces structures ont été créées sans cohérence stratégique, parfois en superposition avec des ministères déjà compétents. Multiplier les agences n’a jamais garanti l’efficacité publique. Au contraire, cela a souvent dilué les responsabilités, alourdi les charges et entretenu l’opacité.

La réforme annoncée ne signifie pas l’abandon des missions de service public. Elle signifie leur recentrage. Elle implique redéploiement, harmonisation, clarification. Elle suppose également un accompagnement social responsable des agents concernés. C’est là que se jouera la réussite complète de cette transformation : dans la capacité à concilier rigueur budgétaire et justice sociale.

Au-delà des chiffres, l’enjeu est structurel. Il s’agit de sortir d’un modèle d’Etat tentaculaire mais peu performant pour aller vers un Etat agile, stratège et régulateur. Un Etat qui investit dans les secteurs productifs, dans l’éducation, dans la santé, dans les infrastructures structurantes, plutôt que dans la duplication administrative.

Ce « grand ménage » est aussi une épreuve de vérité politique. Réformer l’appareil d’Etat expose, dérange, contrarie des intérêts installés. Cela exige du courage, de la constance et une vision. En engageant cette rationalisation dans un contexte budgétaire contraint, le Premier ministre assume le risque de l’impopularité à court terme pour consolider la solidité financière à moyen et long terme.

Le Sénégal entre ainsi dans une phase décisive : celle de la responsabilité budgétaire assumée. Compter d’abord sur ses propres ressources, optimiser chaque dépense, restaurer la crédibilité financière, c’est poser les fondations d’une souveraineté économique réelle. Et cela commence, très concrètement, par le train de vie de l’Etat.

L’histoire jugera. Mais une chose est certaine : les Nations qui se redressent sont celles qui savent, à un moment donné, faire le choix de la rigueur lucide plutôt que de la facilité illusoire.

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