Par Mamadou Sèye
La sortie publique du Président Bassirou Diomaye Faye avec la coalition qui porte son nom devait être une démonstration de force politique. Elle s’est finalement révélée être tout le contraire : une mobilisation faible, un discours sans relief et, surtout, le sentiment de plus en plus visible d’une déconnexion avec la base militante qui a porté l’alternance.
En politique, certains moments servent de révélateur. La sortie du président Bassirou Diomaye Faye entouré d’une coalition construite autour de son nom devait être un moment de démonstration politique. Il s’agissait de prouver qu’au-delà de PASTEF, il existe désormais une dynamique politique capable de porter et d’accompagner le chef de l’Etat.
Mais le résultat observé est venu contredire cette ambition. Ce qui devait être une démonstration de force a plutôt ressemblé à une scène politique étrangement creuse. Une coalition censée soutenir un Président en exercice devrait naturellement mobiliser des foules militantes, susciter de l’enthousiasme et produire une atmosphère politique forte. Rien de tout cela n’a véritablement été perceptible.
L’élément le plus frappant reste l’absence visible des militants issus de la base historique de PASTEF. Ceux-là mêmes qui, pendant des années, ont porté le combat politique dans les quartiers, sur les campus et dans l’espace public ne semblaient tout simplement pas concernés par ce rendez-vous. Cette absence n’est pas un simple détail d’organisation. Elle traduit un malaise politique plus profond.
Car une évidence s’impose : la dynamique politique qui a bouleversé le paysage sénégalais s’est structurée autour d’un leadership clair et d’une base militante profondément attachée à la trajectoire incarnée par Ousmane Sonko. Toute tentative de construire une démonstration politique parallèle sans ce socle militant apparaît dès lors fragile.
A cette faiblesse de mobilisation s’est ajoutée une autre surprise : le contenu du discours présidentiel lui-même. Là où l’on attendait une parole forte, capable de tracer une perspective et de mobiliser les énergies, l’intervention est restée étonnamment plate. Un discours sans véritable souffle politique, sans vision clairement articulée et sans cette capacité de projection qui donne à la parole d’un chef d’Etat sa force mobilisatrice.
Dans un pays comme le Sénégal, où la parole politique est souvent portée par une tradition oratoire forte et par une relation directe avec les attentes populaires, un tel décalage ne passe jamais inaperçu.
Le contraste avec les grandes mobilisations politiques qui ont précédé l’alternance est d’ailleurs frappant. Là où l’on voyait hier des foules enthousiastes, une énergie militante débordante et un discours capable de galvaniser les consciences, la scène offerte cette fois-ci donnait plutôt l’impression d’un rassemblement protocolaire, sans chaleur populaire.
C’est là sans doute la véritable leçon de cette séquence. La politique ne se décrète pas depuis les institutions. Elle se nourrit d’adhésion, de mobilisation et d’un lien organique avec la base qui porte un projet. Lorsqu’un rendez-vous politique ne parvient pas à produire cet élan, il révèle souvent une difficulté plus profonde : celle d’un pouvoir qui peine à maintenir la connexion avec la dynamique militante qui l’a porté.
La sortie du président Diomaye devait être un test politique. Elle devait démontrer l’existence d’une force capable de structurer un espace politique autour du chef de l’Etat.
Ce test, manifestement, n’a pas été réussi. Car au lieu d’affirmer une puissance politique nouvelle, cette séquence aura surtout laissé l’impression d’un moment manqué, révélant un malaise politique que beaucoup pressentaient déjà : la distance qui semble désormais s’installer entre le sommet du pouvoir et la base militante qui a rendu l’alternance possible.