Tapis vert, honneur rouge : le Maroc face au tribunal de l’Afrique

Par Mamadou Sèye

Camarade, cette fois, le scandale a franchi les frontières des stades pour envahir toute l’Afrique. Ce n’est plus seulement une affaire entre le Sénégal et le Maroc. C’est une onde de choc continentale.

La décision de la Confédération africaine de football de sanctionner le Sénégal après un recours marocain a déclenché une indignation rare, profonde, presque unanime. Des capitales aux maquis, des plateaux télé aux réseaux sociaux, l’Afrique parle d’une seule voix : quelque chose ne va pas.

Car enfin, les faits sont têtus. Sur le terrain, le Sénégal avait fait le travail. Le Maroc avait perdu. Net. Sportivement. Sans appel.
Mais voilà que, par un détour administratif, le résultat est inversé. Comme si le football pouvait être reconfiguré dans des bureaux, loin de la sueur, loin des duels, loin de la vérité du jeu.

Ce que l’Afrique rejette aujourd’hui, ce n’est pas un recours. C’est une manière de faire.
Une manière qui donne le sentiment que certaines défaites sont refusées, contournées, effacées.

Et pendant que les juristes s’agitent, une réalité bien plus grave demeure : dix-huit supporters sénégalais sont toujours détenus au Maroc. Dix-huit.
Dix-huit vies suspendues pendant que l’on disserte sur des règlements.
Dix-huit silences qui accusent.

Quel message envoie-t-on à l’Afrique ?
Qu’un match peut être rejoué sur tapis vert, mais que la dignité humaine peut, elle, attendre ?

Dans cette séquence, le Maroc a certes activé un levier légal. Mais il a surtout déclenché une crise morale. Car le droit, camarade, n’est jamais neutre quand il contredit de manière aussi flagrante l’évidence du terrain.

On peut gagner un dossier et perdre une réputation.
Et aujourd’hui, c’est bien ce qui se joue.

Le Maroc, qui ambitionne d’incarner une puissance sportive africaine et mondiale, se retrouve exposé à une critique massive. Car les grandes Nations ne fuient pas la défaite : elles l’assument. Elles la digèrent. Elles en tirent une leçon. Elles reviennent plus fortes.

Ce choix, ici, semble avoir été autre.

Et la Cour d’arbitrage du sport est désormais attendue comme l’ultime recours. Non seulement pour dire le droit, mais pour réparer une fracture. Une fracture entre le terrain et les instances. Une fracture entre les peuples et les décisions qui les concernent.

Car ne nous y trompons pas : ce dossier dépasse le Sénégal.
Il concerne chaque Nation africaine qui croit encore que le football doit rester un espace d’équité.

Aujourd’hui, l’Afrique observe.
Aujourd’hui, l’Afrique juge.
Et demain, elle se souviendra.

Le Maroc ne sortira pas indemne de cet affront.
Pas seulement parce qu’il a contesté une défaite.
Mais parce qu’il a donné le sentiment de vouloir la nier.

Et dans le football comme dans la vie, camarade, il est des victoires qui diminuent…
et des défaites qui grandissent.

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