Par Mamadou Sèye
Le débat sur la réforme du code électoral s’est imposé comme l’axe central de la vie politique nationale. A première vue, l’exercice semble salutaire. Il prolonge les recommandations des Assises de la justice, qui avaient appelé à un encadrement plus rigoureux, plus équitable et plus transparent du processus électoral. Sur le principe, difficile de s’y opposer : qui refuserait une amélioration des règles du jeu démocratique ?
Mais derrière ce consensus de façade, se joue en réalité une bataille autrement plus décisive : celle du pouvoir. Car si le texte occupe le devant de la scène, c’est bien la question des rapports de force politiques qui en constitue le véritable soubassement.
Nous sommes dans une configuration singulière. Le Président de la République ne s’appelle pas Ousmane Sonko, et pourtant, une évidence traverse tous les camps, parfois à voix basse, parfois avec résignation : au vu des dynamiques observées sur le terrain, Sonko est soit le prochain Président de la République, soit, au pire des cas, celui qui désignera le prochain chef de l’Etat, lequel sera issu des rangs de PASTEF. Cette hypothèse n’est pas une posture militante ; elle découle d’un faisceau d’indices politiques, sociologiques et organisationnels que nul acteur sérieux ne peut totalement ignorer.
C’est précisément cette réalité qui explique le glissement actuel du débat public. Faute de pouvoir contenir une dynamique politique par la seule confrontation des idées, certains acteurs semblent tentés de déplacer la compétition sur le terrain des règles. Dès lors, les offres programmatiques, les visions économiques, les projets de société sont relégués au second plan, pendant que s’intensifient les discussions sur les conditions d’éligibilité, les procédures et les mécanismes administratifs.
Cette évolution pose un problème de fond. Une démocratie ne peut durablement fonctionner en substituant la gestion des candidatures à la confrontation des projets. A trop vouloir encadrer les acteurs, on finit par affaiblir la vitalité même du débat démocratique.
Dans ce contexte, la trajectoire de PASTEF mérite une attention particulière. Le parti connaît une dynamique de massification exceptionnelle, portée par une adhésion qui dépasse désormais les cercles traditionnels de la militance politique. Ce phénomène traduit une recomposition en profondeur du paysage politique sénégalais. Il révèle aussi une anticipation collective : celle d’un basculement possible du pouvoir.
Dès lors, le prochain congrès de PASTEF apparaît comme un moment charnière, attendu autant par ses militants que par ses adversaires. Il pourrait consacrer une montée en puissance déjà perceptible et structurer davantage encore une offre politique qui, qu’on le veuille ou non, s’impose progressivement comme centrale.
Il faut aller plus loin : dans tous les cas de figure, la séquence politique en cours indique que PASTEF est en position de secréter le pouvoir à l’horizon 2029. Soit par une victoire directe de son leader, soit par la désignation d’un candidat issu de ses rangs et porté par sa dynamique. Cette capacité à produire le pouvoir — et non plus seulement à le contester — constitue une rupture majeure.
C’est précisément cette perspective qui alimente les crispations actuelles. Car lorsque l’issue d’une compétition semble se dessiner avant même son ouverture officielle, la tentation est grande de reconfigurer les règles du jeu. Mais ce choix n’est pas sans risque. Il peut fragiliser la crédibilité des institutions et renforcer la défiance des citoyens.
Au fond, la réforme du code électoral pose une question simple mais décisive : le Sénégal veut-il consolider une démocratie de compétition ouverte ou s’engager dans une logique de régulation politique par les procédures ? La réponse à cette question déterminera non seulement l’issue des prochaines échéances électorales, mais aussi la qualité du contrat démocratique qui lie les citoyens à leurs institutions.