Détente-Le milliardaire du sommeil

Par Mamadou Sèye

Il y a des matins cruels. Pas ceux qui commencent mal, mais ceux qui commencent trop bien avant de s’effondrer. Vous vous réveillez avec cette sensation étrange d’avoir changé de statut. Dans la nuit, vous étiez riche. Pas raisonnablement riche, non : riche de manière insolente, définitive. Les problèmes avaient disparu, les projets les plus fous trouvaient leur financement, et la vie semblait enfin obéir.

Et puis… le plafond. Le ventilateur. Le silence. La réalité.

Le réveil est brutal. On reste allongé, les yeux ouverts, comme pour négocier avec le réel. Peut-être qu’il en reste quelque chose. Une trace. Un numéro de compte oublié. Rien.

Alors commence une autre comédie, universelle : celle de la reconquête du rêve. On se retourne, on ferme les yeux avec application, on tente de replonger. On convoque les images, on appelle les sensations, comme si le sommeil était une télécommande. Mais le rêve n’obéit pas. Il fuit, se dissout, et plus on insiste, plus il s’éloigne.

Dans cette petite tragédie matinale, il y a quelque chose de profondément humain. Nous ne supportons pas de perdre, même ce que nous n’avons jamais possédé. Nous nous attachons à une illusion avec la même intensité qu’à une vérité. Et peut-être que ce rêve disait simplement ceci : notre désir de richesse n’est pas seulement matériel, il est aussi une quête de sécurité, de liberté, de reconnaissance.

Puis le jour s’impose. On se lève. On en rit parfois. Et on retourne à sa vie, un peu plus pauvre qu’au cœur de la nuit, mais peut-être un peu plus lucide. Et le soir venu, sans le dire à personne, on espère encore une chose : y retourner, ne serait-ce qu’un instant.

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