Sonko, candidat ou obsession nationale ?

Par Mamadou Sèye

Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans la séquence politique actuelle : le Sénégal a un Président de la République, un gouvernement en exercice, des institutions en place… mais c’est Ousmane Sonko qui occupe, à lui seul, le centre de gravité du débat politique.

Et ce ne sont pas ses partisans qui alimentent cette centralité. Non. Ce sont ses adversaires.

Réunie autour des FDR, une frange de l’opposition semble avoir trouvé son logiciel politique : parler de Sonko, encore de Sonko, toujours de Sonko. Programme minimaliste, mais visiblement assumé.

On annonce régulièrement des « plans d’action ». Le mot est fort. L’exécution, elle, reste introuvable. A ce rythme, on finira par classer ces annonces dans le patrimoine immatériel : beaucoup de bruit, très peu d’effets.

Mais le plus étonnant — ou le plus révélateur — reste cette tentative récurrente de construire, presque artificiellement, une inéligibilité. Une inéligibilité pour un homme qui a été tête de liste aux législatives, qui a été élu, puis qui a quitté son mandat pour assumer les fonctions de Premier ministre.

Il faut oser. Ou alors, il faut désespérément chercher un angle d’attaque.

Car enfin, de deux choses l’une : soit les institutions fonctionnent, et elles ont validé un processus électoral qui inclut Sonko ; soit elles ne fonctionnent pas — et dans ce cas, il faut avoir le courage de le dire clairement. Mais on ne peut pas, selon les circonstances, valider un système et le contester uniquement lorsqu’il produit un adversaire redouté.

Et c’est bien là que le débat cesse d’être juridique pour devenir politique. Ce qui se joue, en réalité, c’est moins une question de droit qu’une question de rapport de force.

Derrière l’agitation, une inquiétude perce : celle de faire face à une dynamique populaire qui, qu’on la partage ou non, reste solide. Et face à cela, certains semblent avoir choisi une stratégie curieuse : remplacer le combat politique par une tentative d’empêchement.

Comme si l’on pouvait contourner le peuple.

Mauvais calcul. Dans une démocratie, on ne disqualifie pas une adhésion populaire par décret, insinuation ou répétition médiatique. On la combat sur le terrain des idées, des projets et de la crédibilité.

A défaut, on prend le risque de produire l’effet inverse : renforcer celui que l’on voulait affaiblir.

Au fond, la question est simple : Sonko est-il un candidat parmi d’autres, ou est-il devenu l’obsession qui structure toute une opposition ?

Si la seconde hypothèse se confirme, alors le problème n’est plus Sonko. Il est du côté de ceux qui ont renoncé à proposer, pour se contenter de s’opposer.

Et en politique, l’histoire est constante : les peuples suivent rarement ceux qui ont peur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *