Et si le vrai procès n’était pas celui que l’on croit?

Par Mamadou Sèye

Depuis des mois, un étrange spectacle se joue sous nos yeux : un homme est jugé, encore et encore, non pas dans une salle d’audience mais sur la place publique, non pas par des magistrats mais par des voix qui refusent obstinément de tourner la page. Cet homme, c’est Ousmane Sonko. Mais à bien y regarder, ce n’est plus lui qui est réellement en cause.

Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’une affaire sur laquelle la justice s’est prononcée, d’une séquence déjà lourde et douloureuse pour la Nation. Et pourtant, certains s’acharnent à la maintenir en vie, comme si leur survie politique en dépendait. Alors la question s’impose : qui est réellement en procès aujourd’hui ? Est-ce Sonko, ou bien ceux qui refusent le verdict des faits et du droit ? Est-ce l’homme, ou bien les méthodes utilisées contre lui ?

Parce qu’à force d’insister, une évidence s’impose : ce n’est plus un débat, c’est une stratégie. Une stratégie de contournement où l’on préfère l’insinuation au projet, la répétition à la démonstration, le soupçon au combat loyal. Et pourtant, les faits sont têtus. Empêché hier, Sonko est aujourd’hui Premier ministre, nommé par Bassirou Diomaye Faye, porté par une dynamique populaire que rien n’a réussi à briser. Cette réalité devrait imposer retenue et lucidité. Mais non : on insiste, on martèle, comme si salir pouvait tenir lieu d’alternative. Ce n’est pas glorieux.

Car ce qui se joue dépasse désormais un homme. C’est la qualité de notre démocratie qui est en cause. Peut-on appeler au respect des institutions tout en piétinant leurs décisions ? Peut-on prétendre convaincre un peuple en ignorant ce qu’il exprime avec constance ? Ce peuple, justement, parle. Il parle par les urnes, mais aussi par une fidélité profonde qui fait de Sonko un point de cristallisation incontournable. Et c’est peut-être cela qui dérange au point de pousser certains à éviter le débat de fond.

Dès lors, la question devient plus grave encore : qui a la capacité de mettre un terme à cette dérive ? L’Etat, à travers Bassirou Diomaye Faye, peut impulser une exigence de hauteur. Les acteurs politiques peuvent choisir le terrain des idées. Les médias peuvent refuser la répétition stérile. Et le peuple peut exiger mieux. Mais soyons lucides : ceux qui entretiennent ce climat ont aussi le pouvoir d’y mettre fin. Encore faut-il qu’ils le veuillent.

Car enfin : qui a intérêt à ce que ce débat persiste ? Ousmane Sonko mérite-t-il cela ? On ne peut pas dire qu’il n’y a pas moyen d’y mettre un terme. Qu’on sache simplement qu’on fait mal à l’écrasante majorité du peuple sénégalais qui adule Sonko, ce peuple qui fait toujours corps avec lui, au point que certains sont convaincus qu’ils ne pourront jamais le battre à la loyale, de façon démocratique. Et c’est triste pour notre démocratie.

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