Par Mamadou Sèye
L’alignement des chiffres de la dette du Sénégal avec ceux du Fonds monétaire international met fin à une période d’incertitude qui brouillait la lecture des finances publiques. Les audits 2019-2024 ont révélé des écarts, des passifs mal intégrés et une dette plus élevée que celle initialement affichée, imposant une mise à niveau que peu de gouvernements engagent sans y être contraints.
Ce travail de clarification ne réduit pas la dette, mais il en stabilise la lecture et restaure un minimum de crédibilité, condition indispensable pour continuer à se financer dans un environnement déjà tendu.
Dans ce contexte, il faut reconnaître un fait : le gouvernement a tenu, sans rupture majeure. Le déficit est resté en dessous des prévisions, le financement a été bouclé, et les engagements essentiels ont été assurés. Ce n’était pas acquis, surtout avec une signature fragilisée et l’absence de programme formel avec le FMI.
C’est dans cette séquence que s’inscrit le Plan de Redressement Economique et Social (PRES) porté par Ousmane Sonko. Lancé tardivement en 2025, son impact reste encore limité en volume, mais il introduit une orientation claire : renforcer les recettes internes et reprendre la main sur les équilibres budgétaires. Ce n’est pas encore un basculement, mais c’est un début de trajectoire.
Dans le même temps, la gestion de la dette a évolué vers plus d’activation, avec recours aux marchés et à des instruments comme les TRS. Cela traduit une réalité simple : les conditions de financement sont plus dures, et l’Etat s’adapte pour continuer à mobiliser des ressources. Le système tient, mais il fonctionne sous contrainte.
La clarification sur la conversion de certains prêts bancaires en titres publics participe de cette logique : mettre de l’ordre dans les engagements plutôt que laisser subsister des zones grises. Là encore, on ne parle pas d’allègement, mais de cohérence.
La publication régulière des données budgétaires et de la dette marque une évolution importante. Elle installe une transparence plus structurée, qui rassure les partenaires, mais qui oblige aussi à une rigueur constante dans la durée.
Les discussions avec le FMI devraient se poursuivre sur cette base assainie. Elles ouvriront probablement une nouvelle phase, avec ses exigences classiques. D’ici là, le constat reste mesuré : le gouvernement a engagé des ajustements réels, dans un contexte plus difficile qu’anticipé, avec un PRES encore en montée en puissance, et une économie qui cherche progressivement ses marges de manœuvre.