63,4 milliards : les premières étincelles du redressement… et les charognards déjà en embuscade

Mamadou Sèye

Le Sénégal est un pays fascinant. Quand l’Etat ne mobilise pas de ressources, on explique partout que le régime est incompétent, perdu, incapable de gouverner. Mais dès qu’apparaissent les premiers résultats, les mêmes experts autoproclamés surgissent pour expliquer que “ce n’est pas suffisant”.

Ainsi donc, le PRES aurait généré 63,4 milliards de FCFA pour l’année 2026. Le chiffre mérite évidemment débat, vérification, approfondissement. Mais une chose est déjà certaine : il se passe quelque chose dans les finances publiques sénégalaises. Et cela dérange énormément certains milieux qui vivaient du désordre budgétaire, de l’opacité administrative et de la dépendance chronique à l’endettement extérieur.

Depuis des décennies, notre économie fonctionnait selon un modèle simple : emprunter, consommer, communiquer, puis recommencer. Les régies financières étaient souvent considérées comme des vaches maigres pendant que prospéraient les circuits parallèles, les privilèges fiscaux opaques et les arrangements entre amis. Aujourd’hui, le pouvoir tente manifestement autre chose : aller chercher l’argent là où il se trouve réellement. Et cela crée forcément des douleurs.

Car quand les douanes deviennent plus rigoureuses, certains réseaux s’étouffent. Quand les impôts se modernisent, certains “intouchables” commencent à transpirer. Quand l’Etat serre les boulons, toute une bourgeoisie administrative découvre soudainement les vertus de la démocratie, des libertés et des concertations nationales. Rires.

Evidemment, personne de sérieux ne peut prétendre que 63,4 milliards régleront miraculeusement les difficultés du Sénégal. Les besoins sont immenses. La dette pèse lourd. Les attentes sociales sont gigantesques. Le chômage des jeunes demeure une bombe à retardement. Mais le débat fondamental est ailleurs : existe-t-il enfin une volonté politique de reconstruire l’Etat autour de la souveraineté financière ? Voilà la vraie question.

Et c’est précisément cette orientation qui provoque autant d’agitations. Parce qu’un Etat qui commence à mobiliser ses propres ressources devient progressivement moins manipulable. Moins dépendant. Moins vulnérable aux chantages extérieurs.

Il faut d’ailleurs observer la fébrilité de certains acteurs politiques. Pendant des années, ils ont gouverné avec des déficits abyssaux sans jamais provoquer une telle hystérie médiatique. Mais aujourd’hui, au moindre ajustement économique, au moindre effort de rationalisation, les voilà transformés en défenseurs subits des couches populaires. Quelle coïncidence !

Le plus ironique reste peut-être ceci : ceux qui réclamaient hier des réformes structurelles profondes sont souvent les premiers à paniquer lorsqu’elles commencent timidement à apparaître. Car les réformes, dans la réalité, signifient toujours la fin de certains privilèges.

Le PRES ne sera jugé ni sur les slogans ni sur les conférences de presse. Il sera jugé sur sa capacité à transformer durablement les recettes publiques, soutenir l’activité économique et améliorer concrètement la vie des Sénégalais. Le chemin est encore long. Très long même.

Mais une évidence commence à émerger : le temps où l’on gérait tranquillement le Sénégal comme une caisse privée semble progressivement se compliquer pour certains habitués du système.

Et cela, manifestement, énerve beaucoup de monde.

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