Penalty, la Chronique Coupe du monde

La fausse spécialité africaine

Haaland, Kane, Lukaku ! Qu’ont-ils en commun, outre qu’ils sont de redoutables avant-centres ? Eh bien, ils ont chacun crucifié une équipe africaine dans cette Coupe du monde 2026, à la 86e minute d’un match qui ne semblait pas forcément maîtrisé par leur équipe. Le Norvégien face à la Côte d’Ivoire, l’Anglais contre la RD Congo et le Belge aux dépens du Sénégal. Avec, à l’arrivée, les éliminations de trois représentants du continent…

Il n’en fallait pas plus pour que des « spécialistes » du ballon rond évoquent un mal africain, l’incapacité des joueurs africains à gérer le stress des fins de match, l’urgence pour ces équipes de se doter de préparateurs mentaux, etc.

Une manière, presque, de servir à la sauce football la célèbre formule de l’ancien poète-président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor : « L’émotion est nègre comme la raison est hellène. » Certains avaient même vu dans ces fins de match calamiteuses pour certaines sélections « des choses bizarres », voire « une théorie du complot ».

Depuis, les Pays-Bas se sont fait rejoindre dans le temps additionnel par… le Maroc, un pays africain, avant de passer à la trappe aux tirs au but. Mieux, Haaland, encore lui, a frappé deux fois face au Brésil dans les dix dernières minutes, avant que Neymar n’égalise sur penalty au bout du temps additionnel.

Alors, qui de la Norvège ou du Brésil a été victime du « stress de la gestion des fins de match » ? Et puis, ce lundi, le derby de la péninsule Ibérique n’a été dégoupillé qu’à la 90+2e minute en faveur de l’Espagne. Cela fait-il pour autant de Cristiano Ronaldo et de ses partenaires des Africains ?

En fait, dans ce monde globalisé, depuis que, comme disait quelqu’un, « les réseaux sociaux ont donné la parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar », ça va dans tous les sens. Et le football étant une des disciplines sportives les plus « accessibles », tout le monde s’improvise désormais analyste ou tacticien, quitte, pour certains, à user de signes cabalistiques pour justifier pourquoi et comment un but a été inscrit à tel moment plutôt qu’à tel autre d’une rencontre.

Or, des buts en fin de rencontre, il en existe depuis que le football est football. Le « Fergie Time », cela dit quoi à ces nouveaux illuminés du ballon rond ? Des buts en fin de partie, on en marquera et on en encaissera aussi longtemps que le ballon roulera sur les terrains sablonneux de la banlieue dakaroise, les aires de jeu en « tapis de billard » d’Angleterre, les gazons synthétiques de Praia ou les pelouses hybrides d’ailleurs.

Tout comme en tout début de match. Comme, pratiquement, à n’importe quel instant d’une rencontre de football. Point de spécificité africaine donc en l’espèce. La suite de cette Coupe du monde pourrait encore le confirmer.

PROMEDIA

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