Par Mamadou Sèye
En politique, les ruptures ont toujours un prix.
Le Président Bassirou Diomaye Faye en fait aujourd’hui l’expérience.
En choisissant de créer sa propre formation politique après sa rupture avec Pastef, le chef de l’Etat a engagé bien plus qu’une recomposition partisane. Il a choisi de construire une légitimité qui lui soit propre. C’est un pari politique majeur.
Mais un parti ne se décrète pas.
Il se construit dans les quartiers, les communes, les départements, les réseaux militants et les urnes.
Or, les premiers signaux sont loin d’être favorables.
Le meeting annoncé à Mbour n’a pas produit la démonstration de force attendue. Les réseaux sociaux, autrefois puissamment mobilisés autour de la dynamique qui l’avait porté au pouvoir, ne relaient plus avec la même intensité les initiatives présidentielles. Les ministres restés fidèles à Pastef ont refusé d’accompagner la nouvelle orientation politique. Et sur plusieurs dossiers majeurs, les positions du Président apparaissent en décalage avec certains engagements qui avaient nourri l’espoir de l’alternance.
Le dernier épisode en date est révélateur.
Alors que le recours au référendum semblait arrêté pour la révision constitutionnelle, le Président a finalement choisi de saisir le Conseil constitutionnel. Juridiquement, cette option est parfaitement défendable. Politiquement, elle nourrit inévitablement les interrogations, d’autant qu’Ousmane Sonko avait publiquement affirmé que le chef de l’Etat hésitait à consulter directement le peuple.
C’est là que réside le véritable enjeu.
Le Président n’est plus confronté seulement à l’opposition classique. Il est désormais jugé par comparaison avec les promesses qui avaient porté son élection et avec le projet de rupture qu’il incarnait.
En politique, les adversaires dénoncent les erreurs.
Les anciens alliés, eux, relèvent les écarts.
Et ces écarts pèsent souvent plus lourd que les attaques de l’opposition.
Bassirou Diomaye Faye gouverne désormais sans l’appui automatique de la puissante machine politique de Pastef. Il lui faut convaincre que sa nouvelle trajectoire est capable de susciter une adhésion populaire durable.
Les prochains mois seront décisifs.
Car un parti se construit dans la durée, mais une dynamique politique peut s’essouffler très vite.
Les élections, qu’il s’agisse d’un référendum, des locales ou des législatives, ne mesureront pas seulement le poids des formations en présence.
Elles diront si le Président a réussi son pari le plus difficile : transformer une victoire acquise grâce à une alliance en une force politique qui lui appartienne véritablement.
C’est désormais sur ce terrain que se joue son avenir politique.