La débâcle

Par Mamadou Sèye

Les grandes équipes perdent.

Les plus grandes Nations de football connaissent, elles aussi, des éliminations précoces. Cela fait partie du sport.

Mais il existe des campagnes qui laissent davantage qu’une défaite. Elles installent un malaise.

La participation du Sénégal à cette Coupe du monde appartient malheureusement à cette catégorie.

Au fil des jours, les mauvaises nouvelles se sont accumulées avec une régularité déconcertante. Avant même le premier coup d’envoi, des informations peu rassurantes filtraient déjà sur l’organisation de la délégation. Puis vinrent les contre-performances sur le terrain. Ensuite les révélations embarrassantes concernant le comportement de certains dirigeants. Et voilà qu’au moment même du retour, l’on apprend que des joueurs quittent progressivement la délégation par leurs propres itinéraires, faute d’une organisation suffisamment maîtrisée.

Comme si le désordre refusait de s’arrêter avec l’élimination.

Pris isolément, chacun de ces épisodes pourrait être relativisé.

Mis bout à bout, ils dessinent une tout autre réalité.

Car une Coupe du monde ne se résume pas aux quatre-vingt-dix minutes d’un match. C’est une opération où chaque détail compte : la préparation, la logistique, l’encadrement, la discipline, la communication et la capacité des dirigeants à créer un environnement propice à la performance.

Lorsqu’autant de signaux virent simultanément au rouge, il devient difficile de parler de simple malchance.

Il faut alors s’interroger sur la gouvernance.

Le plus inquiétant est sans doute que cette génération n’avait jamais autant suscité d’espoirs. Le Sénégal possède des joueurs qui évoluent dans les meilleurs championnats du monde. Des talents reconnus, un sélectionneur expérimenté et une expérience accumulée au plus haut niveau.

Tout semblait réuni pour réussir.

C’est précisément ce qui rend cet échec plus douloureux.

Parce qu’il ne peut être expliqué par le seul niveau des adversaires.

Une élimination sportive est parfois inévitable.

Une accumulation de dysfonctionnements, elle, ne relève jamais du hasard.

L’heure n’est donc ni aux règlements de comptes ni aux procès expéditifs.

Elle est à la lucidité.

Les Sénégalais méritent un bilan complet, sincère et transparent de cette campagne. Ils ont le droit de comprendre ce qui s’est passé, depuis la préparation jusqu’au retour de la délégation.

Ce bilan devra dépasser les seuls résultats du terrain.

Il devra dire ce qui a fonctionné.

Mais surtout ce qui n’a pas fonctionné.

Car les grandes Nations ne grandissent pas en cachant leurs erreurs. Elles progressent en les reconnaissant.

Le football sénégalais a connu des heures de gloire. Il dispose encore d’un immense potentiel. C’est précisément pour cette raison qu’il ne peut se satisfaire d’une expédition qui donne aujourd’hui le sentiment d’avoir échappé, par moments, à toute maîtrise.

Une Coupe du monde se prépare pendant des mois.

Son héritage, lui, peut durer des années.

Il appartient désormais aux responsables de faire en sorte que cette campagne ne reste pas seulement dans les mémoires comme une élimination précoce, mais comme le point de départ d’une remise en question profonde.

Car si l’on ne tire aucune leçon de cette débâcle, alors la véritable défaite ne sera pas celle enregistrée sur les terrains américains.

Elle sera celle d’un football qui aura refusé d’apprendre de ses propres erreurs.

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