Par Mamadou Sèye
Le Forum de l’économie bleue, organisé au Port autonome de Dakar, laissera sans doute une image qui dépasse largement le cadre de l’événement. Alors que le directeur général du Port, Waly Diouf Bodian, en était le principal maître d’œuvre, son nom n’a pratiquement pas été prononcé. Beaucoup y ont vu une illustration de la fracture désormais ouverte entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.
La réplique de Waly Diouf Bodian, rappelant qu’il reste avant tout inspecteur des Impôts et Domaines « en détachement » au Port, sonne comme celle d’un homme qui se prépare à toutes les éventualités. Mais au-delà de son cas personnel, c’est une question plus profonde qui se pose.
Le Président de la République a naturellement le pouvoir de nommer et de relever de leurs fonctions les responsables civils et militaires. Cette prérogative ne souffre d’aucune contestation. En revanche, lorsque les changements paraissent dictés avant tout par des considérations politiques, c’est l’administration qui finit par en payer le prix.
Les démissions enregistrées à la Direction générale de l’Enseignement supérieur, après celles de plusieurs ministres qui avaient refusé de poursuivre l’aventure gouvernementale, traduisent un malaise grandissant. Peu à peu, des directeurs généraux et des responsables d’établissements publics donnent le sentiment d’être appelés à choisir un camp plutôt qu’à être jugés sur leurs résultats.
Or le Sénégal compte des centaines de directeurs généraux et de présidents de conseils d’administration. Si chaque rupture politique se traduit par une nouvelle vague de nominations et de révocations, le chef de l’Etat risque de consacrer une énergie considérable à recomposer l’appareil administratif, au détriment des véritables priorités nationales.
Cette tension intervient dans un contexte déjà lourd. L’élimination des « Lions » à la Coupe du monde a laissé place à des polémiques qui ont conduit le ministère des Sports à appeler les acteurs du football à éviter les déclarations portant atteinte à l’image du Sénégal, après la controverse née autour du médecin de l’équipe nationale.
A force d’accumuler les crises politiques, administratives et sportives, le pays s’installe dans une morosité préoccupante.
Le Sénégal a besoin d’une administration stable, jugée sur sa compétence et ses résultats, non sur les rapports de force politiques. Les citoyens attendent des solutions à leurs difficultés quotidiennes, pas une succession interminable de décrets de nomination et de révocation.
Le temps politique est nécessaire. Mais il ne doit jamais finir par absorber le temps de l’Etat.