L’art de (tenter) de noyer le poisson
On attendait un exercice d’explications, une séance à l’issue de laquelle le commun des Sénégalais et surtout les supporters des « Lions » seraient plus amplement et plus correctement informés sur les raisons ayant poussé le Comité exécutif (COMEX) de la Fédération sénégalaise de football à se séparer, comme d’un mouchoir sale, du sélectionneur national Pape Thiaw. Au bout du compte, ils ont eu droit à un réquisitoire sans complaisance (ni possibilité de contradiction) contre le technicien et, accessoirement, contre… le médecin de l’équipe nationale qui, pourtant, officie dans la Tanière depuis 2018.
Pourtant, lorsque le président de la FSF a commencé par parler de « décisions structurantes » prises lors de cette fameuse réunion de samedi dernier et quand, toujours dans son propos liminaire, il a souligné « des insuffisances sur les plans sportif, organisationnel et technique », on a compris que c’était pour mieux aborder par la suite la part de responsabilité de sa fédération. Or, ce n’était qu’un dribble bien pensé, un appel en profondeur pour créer une fausse piste. Puisque, le bilan de la saison toujours en cours d’ailleurs, la question des infrastructures, le fonctionnement des ligues voire les primes octroyées aux U15 et U17 champions d’Afrique de leurs catégories, on veut bien. On dit « bravo » même. Mais sur cet échec lamentable de la Coupe du monde 2026, on attendait que le boss du football national reconnaisse la part de responsabilité de sa structure.
Eh bien non ! Toutes les fautes incombent au sélectionneur national qui aurait même fait une sorte de chantage au salaire et à certains avantages. Ou alors au ministère des Sports qui aurait loué un avion entre San Antonio et New Jersey « sans repas à bord ». Voire sur le Dr Fédior qui « n’avait pas le profil académique pour accompagner nos athlètes, puisqu’il est gynécologue ». Alors qu’en plus de sa spécialisation, l’homme de l’art avait choisi depuis sa 4e année d’étudiant de suivre le sport « en module optionnel ». Avec à l’arrivée un Diplôme d’études spécialisées (DES) en Médecine et Biologie du Sport de la Faculté de médecine de l’UCAD. « J’ai continué à faire la médecine du sport, que ce soit dans les clubs ou en équipe nationale », racontait-il dans une interview. Un peu comme aurait pu le faire un chirurgien-dentiste ou un rhumatologue. Rien de très nouveau sous le ciel du foot sénégalais, d’autant plus que le Dr Fédior était bien là lors des deux sacres des « Lions » en 2021 au Cameroun et tout dernièrement au Maroc, ainsi que lors des deux précédentes Coupes du monde auxquelles le Sénégal a pris part, en 2018 en Russie et en 2022 au Qatar.
Comme quoi, il n’a plus subitement « le profil académique » pour être dans la Tanière, à l’instar de Pape Thiaw, seul technicien sénégalais à avoir remporté le CHAN avec l’équipe nationale locale en 2022 en Algérie et la grande CAN en février dernier au Maroc, est subitement devenu un cancre qui ne mérite plus de s’asseoir sur le banc des « Lions ». Certes, ce dernier a plus que merdé lors de la Coupe du monde finissante, mais ce n’est point une raison pour le jeter à ce point en pâture.
In fine, ce que le président de la FSF a réussi lors de son face-à-face avec la presse, c’est juste se tirer une balle dans le pied. Il n’a pas convaincu grand monde.
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