Par Mamadou Sèye
Dans une démocratie, le Parlement n’est pas fait pour applaudir le pouvoir, encore moins pour offrir un spectacle permanent de joutes politiciennes. Sa mission est autrement plus noble : faire la loi, contrôler l’action du Gouvernement et protéger les intérêts du peuple. C’est précisément ce que laisse entrevoir le communiqué publié à l’issue des réunions du Bureau de l’Assemblée nationale des 17 et 23 juillet 2026.
A première vue, certains n’y verront qu’une succession de propositions de lois et de commissions d’enquête. Pourtant, à y regarder de plus près, ce document traduit peut-être un changement de culture institutionnelle. Une Assemblée qui examine, qui contrôle, qui enquête et qui s’intéresse aux grands dossiers de la République est infiniment plus utile qu’une Assemblée réduite aux invectives et aux postures.
Le premier enseignement est d’ailleurs d’ordre démocratique. Si le groupe PASTEF-Les Patriotes, fort de sa majorité, est logiquement à l’origine de plusieurs initiatives, il est tout aussi important de relever que le groupe TAKKU-WALLU exerce lui aussi son droit de contrôle en proposant une commission d’enquête sur les mécanismes financiers de type Total Return Swap (TRS). Voilà qui mérite d’être souligné.
Car une démocratie mature ne se mesure pas seulement à la force de sa majorité. Elle se mesure aussi à la capacité de son opposition à utiliser les instruments que la loi met à sa disposition. Lorsqu’une opposition enquête, questionne et contrôle, elle joue pleinement son rôle. Lorsqu’une majorité accepte que ces mécanismes fonctionnent, elle renforce les institutions plutôt que son seul pouvoir.
Les sujets retenus ne sont pas anecdotiques. Le foncier, le domaine public maritime, les cessions présumées irrégulières d’immeubles de l’Etat, les exonérations fiscales, les licences de pêche, les marchés publics du programme « Un étudiant, un ordinateur », ou encore les mécanismes financiers complexes utilisés par l’Etat : autant de dossiers qui concernent directement la gestion des ressources nationales et la confiance des citoyens envers leurs institutions.
Il faut espérer que ces commissions iront au bout de leur mission. Car une commission d’enquête n’a de sens que si elle recherche les faits, entend toutes les parties, consulte les documents utiles et formule des conclusions crédibles. Le Parlement ne rend pas la justice ; il éclaire la Nation. C’est une nuance fondamentale.
Les deux propositions de loi déclarées recevables sont tout aussi significatives. L’une porte sur la déclaration de patrimoine du Président de la République, l’autre sur l’encadrement des crédits spéciaux et des fonds secrets. Deux sujets sensibles qui touchent directement aux exigences modernes de transparence, de bonne gouvernance et de reddition des comptes.
Il convient aussi de rappeler une évidence que beaucoup oublient volontairement : une proposition déclarée recevable n’est pas une loi adoptée. Le communiqué précise que le Président de la République et le ministre de la Justice ont été saisis pour recueillir leurs avis, conformément aux procédures prévues. C’est ainsi que fonctionne un Etat de droit : dans le respect des règles, et non dans la précipitation.
Naturellement, cette Assemblée sera jugée non sur ses intentions, mais sur ses résultats. Les Sénégalais attendent des enquêtes sérieuses, des conclusions courageuses et, lorsque des fautes seront établies, des suites concrètes. Ils attendent aussi que le même niveau d’exigence s’applique à tous, sans distinction de majorité ou d’opposition. La crédibilité du Parlement se construira sur son impartialité.
Pendant trop longtemps, l’opinion publique a réduit l’Assemblée nationale à un simple théâtre politique. Le communiqué du Bureau invite à porter un autre regard sur cette institution. Il rappelle que le travail parlementaire ne se limite pas aux séances télévisées ou aux passes d’armes dans l’hémicycle. Il se construit aussi dans les commissions, dans l’examen des textes, dans le contrôle des politiques publiques et dans la recherche de la vérité.
C’est cette Assemblée-là que les Sénégalais attendaient. Une Assemblée qui travaille plus qu’elle ne parle, qui contrôle plus qu’elle ne polémique, qui sert davantage la République qu’elle ne sert les intérêts partisans.
Au fond, les citoyens ne demandent pas un Parlement bruyant. Ils demandent un Parlement utile. Et si les initiatives annoncées débouchent sur des résultats concrets, alors l’Assemblée nationale aura commencé à reconquérir ce qu’aucune loi ne peut lui offrir : la confiance du peuple sénégalais.