Le premier test d’un parti ne se gagne pas au palais

Par Mamadou Sèye

Créer un parti politique lorsque l’on est Président de la République est une chose. L’implanter durablement dans le pays en est une autre. L’histoire politique sénégalaise montre que le pouvoir peut offrir une visibilité, mais qu’il ne garantit jamais un enracinement populaire.

Le premier grand défi de la nouvelle formation politique du Président Bassirou Diomaye Faye ne sera d’ailleurs pas de tenir un congrès ou d’installer des coordinations. Il sera de démontrer qu’elle est capable d’exister par elle-même, indépendamment de la fonction présidentielle.

Car il ne faut pas oublier une réalité. Bassirou Diomaye Faye est arrivé au pouvoir grâce à une dynamique politique portée par PASTEF, à l’engagement de milliers de militants et à une organisation qui, pendant des années, a résisté aux épreuves les plus difficiles. Cette histoire ne peut être effacée d’un trait de plume.

L’autre difficulté réside dans le profil de plusieurs personnalités appelées à animer ce nouveau parti. Nombre d’entre elles disposent d’une expérience gouvernementale ou administrative indéniable. Mais gérer un ministère n’est pas gagner une élection. L’implantation locale ne se décrète pas ; elle se construit patiemment, quartier par quartier, village par village, bureau de vote par bureau de vote.

Des responsables comme Abdourahmane Diouf ou Aminata Touré ont un parcours politique connu, mais ils devront, comme tous les autres, démontrer que leur influence se traduit par une véritable capacité de mobilisation électorale. En démocratie, la notoriété ne remplace jamais le verdict des urnes.

Le premier obstacle concret pourrait d’ailleurs surgir bien avant la prochaine élection présidentielle : la question du parrainage. Obtenir le nombre de signatures exigé par la loi n’est jamais une simple formalité. C’est un test d’implantation, d’organisation et de crédibilité. Un parti qui ambitionne de gouverner seul doit être capable de réunir ces parrainages sans dépendre d’une autre force politique.

Avant même cette échéance, d’autres rendez-vous attendent cette nouvelle formation. Les élections locales constitueront un premier baromètre de son ancrage territorial. Elles permettront de mesurer sa capacité à présenter des candidats, à mener campagne et à convaincre les électeurs sur l’ensemble du territoire.

Et si le Président décidait, comme la Constitution lui en donne la possibilité, de dissoudre l’Assemblée nationale dans les prochains mois, des élections législatives viendraient immédiatement accélérer cette mise à l’épreuve. Là encore, il ne s’agirait plus de discours ou de symboles, mais d’une confrontation directe avec les électeurs.

En définitive, le véritable défi du parti présidentiel n’est pas sa création. Son défi est sa légitimation populaire. Une formation politique ne devient une force durable ni par décret, ni par la seule autorité de son fondateur. Elle le devient lorsqu’elle conquiert des mairies, remporte des circonscriptions, rassemble les parrainages requis et gagne des élections.

Au fond, la politique est d’une remarquable simplicité : les discours ouvrent une campagne, mais seuls les citoyens écrivent le résultat.

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