Par Mamadou Sèye
La Fondation Sénégal Solidaire va consacrer 500 millions de francs CFA aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026. L’annonce du Président de la République a immédiatement suscité des interrogations. Non pas parce que quelqu’un aurait établi que cet argent provient des caisses de l’Etat. Rien ne permet de l’affirmer. Le problème est ailleurs : une telle somme peut-elle être annoncée et affectée sans que son origine, ses contributeurs et les conditions de sa mobilisation soient clairement portés à la connaissance du public ?
Il faut commencer par écarter un mauvais procès.
Personne ne dit que les 500 millions de francs CFA sont de l’argent public.
La question posée est précisément celle de la transparence : d’où viennent-ils ?
Le Président Bassirou Diomaye Faye a annoncé que la Fondation Sénégal Solidaire apporterait 500 millions de francs CFA dans le cadre des JOJ Dakar 2026. Cette contribution doit notamment permettre la mise à disposition de centaines de milliers de billets au bénéfice des enfants, des écoles et des associations.
Très bien.
Mais qui finance cette opération ?
Des entreprises ? Des particuliers ? Des mécènes ? Des partenaires internationaux ? Des organismes financiers ? Plusieurs contributeurs réunis ? Dans quelles proportions ? Sous forme de dons ? De mécénat ? De contributions affectées ? Avec quelles conventions et quelles obligations éventuelles ?
L’opinion publique est en droit de le savoir.
Il ne s’agit pas ici de suspecter qui que ce soit. Il s’agit d’un principe élémentaire de bonne gouvernance : lorsqu’une organisation annonce qu’elle mobilise 500 millions de francs CFA, la transparence sur l’origine de cette somme doit être à la hauteur de son montant et de la visibilité publique de l’opération.
C’est d’autant plus nécessaire que cette fondation n’est pas une association inconnue du public. Elle a été créée par décret présidentiel et est directement associée, dans sa communication comme dans son appellation, à la Première Dame et aux Premières Dames.
Cette proximité institutionnelle impose une exigence supplémentaire de clarté.
Plus une structure est proche du pouvoir, plus elle doit être transparente.
C’est une règle de prudence démocratique.
Le problème ne disparaît pas parce que l’argent serait privé. Au contraire. L’origine d’un don important, lorsqu’il intervient dans une opération d’intérêt public, doit pouvoir être identifiée et vérifiée.
Dans les grandes démocraties, le financement des fondations, le mécénat, les dons importants et les contributions destinées à des opérations publiques sont soumis à des mécanismes de traçabilité précisément parce que l’argent peut créer des dépendances, des conflits d’intérêts ou des soupçons de contreparties.
La transparence protège d’abord ceux qui reçoivent l’argent.
Elle protège également les donateurs.
Et elle protège surtout l’institution présidentielle.
C’est pourquoi demander la publication de l’origine des 500 millions n’est pas une attaque contre le président Diomaye Faye. C’est au contraire une manière de protéger sa parole et son institution contre toute suspicion inutile.
Le Sénégal sort d’une période au cours de laquelle l’opacité de certaines ressources et de certaines dépenses publiques a profondément nourri la défiance.
Le débat sur l’encadrement des fonds spéciaux revient d’ailleurs sur le devant de la scène.
Ce débat est sain.
Il devrait conduire à une règle simple : plus jamais d’argent dont l’origine ou l’utilisation ne puisse être expliquée clairement aux citoyens.
Qu’il s’agisse d’argent public ou privé, les mêmes exigences de traçabilité doivent prévaloir dès lors que des fonds importants sont mobilisés autour d’une opération portée au premier plan de l’action publique.
Les 500 millions annoncés pour les JOJ ne doivent donc pas devenir un sujet de procès politique.
Ils doivent devenir un test de transparence.
La Fondation Sénégal Solidaire affirme elle-même placer la transparence, la traçabilité et la conformité au cœur de son fonctionnement. Elle dispose, selon ses propres déclarations, de mécanismes de contrôle et d’audit.
Alors, la solution est simple.
Publions la liste des contributeurs, le montant de leurs contributions, la nature juridique des versements et les conventions qui encadrent leur utilisation.
S’il n’y a rien à cacher, cette publication ne devrait poser aucune difficulté.
Elle aurait même une vertu pédagogique considérable : elle permettrait aux Sénégalais de comprendre comment une fondation peut mobiliser 500 millions de francs CFA en dehors du budget de l’Etat pour financer une opération d’une telle ampleur.
La démocratie ne repose pas seulement sur la bonne foi de ceux qui gouvernent.
Elle repose aussi sur la possibilité, pour les citoyens, de vérifier.
Voilà pourquoi cette affaire mérite mieux que les invectives des réseaux sociaux.
Il ne s’agit pas de dire que les 500 millions sont publics.
Il ne s’agit pas davantage d’accuser le Président de la République d’une quelconque irrégularité.
Il s’agit simplement de poser une question à laquelle une République moderne doit pouvoir répondre sans hésitation :
Qui a donné les 500 millions de francs CFA destinés aux JOJ, et dans quelles conditions ?
La réponse devrait être publique.
Et rapidement.