Par Mamadou Sèye
Une flamme, une promesse
Samedi 12 septembre, la flamme olympique des Jeux Olympiques de la Jeunesse est arrivée à Dakar, portée par une centaine de femmes en grands boubous jaune et rouge, sous les acclamations de la Place du Souvenir africain.
Dans quelques semaines, du 31 octobre au 13 novembre, le Sénégal accueillera quelque 2 700 jeunes athlètes venus du monde entier. Pour la première fois, un événement olympique se déroulera sur le continent africain.
« L’Afrique accueille, Dakar célèbre », proclame le slogan officiel.
La formule est belle. Elle porte même une promesse qui dépasse largement le sport. Celle d’un continent qui reçoit le monde et d’une jeunesse africaine appelée à regarder son avenir avec davantage de confiance.
Mais une question mérite d’être posée dès maintenant : à qui appartiennent réellement ces Jeux ?
La réponse devrait être évidente : à la jeunesse.
Et pourtant, à mesure que l’échéance approche, une impression se dégage des échanges avec de nombreux jeunes : celle d’une génération qui risque de regarder passer devant elle un événement qui devait précisément lui appartenir.
Les JOJ ne sont pas des Jeux Olympiques en miniature
Les Jeux Olympiques de la Jeunesse ne sont pas simplement une version réduite des Jeux Olympiques classiques. Depuis leur création en 2010 à Singapour, ils portent une philosophie particulière.
La compétition sportive y occupe naturellement une place centrale. Mais elle s’accompagne d’un programme éducatif et culturel destiné à favoriser les rencontres, l’échange, la transmission, l’engagement citoyen et la découverte d’autres cultures.
Autrement dit, les JOJ ne cherchent pas seulement à révéler de jeunes champions. Ils veulent faire de jeunes sportifs des citoyens et des acteurs de leur génération.
C’est là que se trouve leur singularité.
Un JOJ réussi ne sera donc pas uniquement celui qui aura offert de belles compétitions, des infrastructures de qualité et une cérémonie d’ouverture spectaculaire. Ce sera aussi celui qui aura permis à une génération de jeunes Sénégalais de se reconnaître dans l’événement, d’y prendre la parole, d’y apporter sa créativité et, surtout, de s’y sentir pleinement chez elle.
La jeunesse au centre, pas en arrière-plan
Cette ambition devrait guider toute la communication et toute l’animation des Jeux.
La jeunesse sénégalaise ne devrait pas seulement être appelée à applaudir le passage de la flamme, à remplir les tribunes ou à servir de décor aux cérémonies.
Elle doit être visible. Elle doit être entendue. Elle doit participer.
Les jeunes athlètes sénégalais méritent d’être davantage présentés au public. Les bénévoles qui font vivre l’organisation méritent d’être mis en lumière. Les jeunes artistes, créateurs, entrepreneurs et acteurs culturels doivent pouvoir trouver leur place dans cette grande fête.
Pourquoi ne pas multiplier les espaces de dialogue entre jeunes et organisateurs ? Pourquoi ne pas faire davantage appel à leur imagination pour les cérémonies, les animations culturelles et les actions autour des Jeux ? Pourquoi ne pas leur réserver une place plus importante dans les rencontres avec la presse et dans la communication officielle ?
Le véritable héritage des JOJ ne sera pas seulement fait de bâtiments, de terrains de sport ou d’équipements.
Il sera humain.
Il se mesurera à ce que cette génération aura appris, créé, partagé et conservé de cette expérience exceptionnelle.
Les anciens ont leur place. Mais quelle place ?
Il ne s’agit évidemment pas d’opposer les générations.
Les anciens sportifs sénégalais ont une histoire, une expérience et une légitimité. Ils incarnent la mémoire du sport national. Ils peuvent transmettre, conseiller, inspirer et accompagner. Leur présence dans les JOJ peut être précieuse.
Lorsqu’une ancienne capitaine de l’équipe nationale féminine de basketball allume symboliquement le chaudron, le geste possède naturellement une force particulière. Il établit un lien entre plusieurs générations du sport sénégalais.
Mais transmettre n’est pas prendre la place de ceux auxquels on transmet.
C’est toute la nuance.
Depuis quelques jours, la visibilité accordée aux anciens sportifs dans les médias, sur les plateaux et dans certains espaces officiels donne parfois le sentiment que les visages d’hier occupent une place plus importante que ceux qui devraient être les protagonistes de demain.
Ce n’est pas nécessairement une question de personnes. C’est une question de logique générationnelle.
Les anciens ont accompli leur parcours. Les jeunes commencent le leur.
Les premiers peuvent être des repères. Les seconds doivent être les acteurs.
Et il serait paradoxal qu’un événement imaginé précisément pour donner davantage de responsabilité à la jeunesse reproduise, même involontairement, les habitudes qui consistent à parler en son nom plutôt qu’à lui donner la parole.
Il est encore temps
Le Sénégal a devant lui une occasion historique.
Premier pays africain à accueillir les Jeux Olympiques de la Jeunesse, notre pays sera observé par l’Afrique et par le monde. Cette responsabilité dépasse l’organisation matérielle des compétitions.
Il s’agit de montrer qu’un pays peut accueillir le monde tout en faisant confiance à sa jeunesse.
Il reste quelques semaines avant l’ouverture, le 31 octobre. Quelques semaines pour ajuster ce qui peut encore l’être.
Les anciens sportifs peuvent être les mentors, les ambassadeurs et les passeurs d’expérience qu’ils ont vocation à être.
Et les jeunes peuvent retrouver la place qui leur revient : celle des protagonistes.
Car la plus belle image que Dakar pourrait offrir au monde ne serait peut-être pas celle d’une flamme portée par ceux qui ont déjà écrit une partie de l’histoire.
Ce serait celle d’une génération qui, à la faveur de cette flamme, comprend qu’une autre histoire commence pour elle.
Les JOJ sont faits pour la jeunesse. Il faut maintenant que la jeunesse les fasse siens.