Par Mamadou Sèye
Le Président de la République est rentré. Washington, Abu Dhabi, avec cette escale mauritanienne sur le chemin du retour : un voyage chargé de rencontres, de dossiers et d’attentes. À Washington, Bassirou Diomaye Faye a rencontré les responsables des deux grandes institutions de Bretton Woods, le FMI et la Banque mondiale. Le dossier de la dette sénégalaise était évidemment au cœur des échanges.
Mais pendant que l’avion présidentiel parcourait les milliers de kilomètres qui séparent les capitales, une question, elle, n’a pas bougé. Elle attend toujours à Dakar.
Que rapportera réellement le Sénégal de ce long périple diplomatique et financier ?
Le gouvernement avait déjà annoncé, au début du mois, un accord technique avec le FMI pour un programme de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. Mais cet accord n’est pas encore l’argent attendu. Il reste soumis à l’approbation de la direction et du Conseil d’administration du Fonds, ainsi qu’à certaines conditions liées notamment au dossier de communication d’informations erronées et aux assurances de financement des partenaires du Sénégal.
Le Président de la République est donc allé à Washington alors que le dossier était déjà largement balisé. Il y a rencontré Kristalina Georgieva. Il a également échangé avec Ajay Banga, le président de la Banque mondiale. Les rencontres étaient importantes, naturellement. Elles permettent toujours au chef de l’Etat de porter directement la parole du Sénégal et de défendre ses intérêts.
Mais elles n’ont pas fait disparaître les procédures.
Le FMI continue de parler d’un accord au niveau des services qui doit encore franchir l’étape du Conseil d’administration. Et, quelques heures après la rencontre entre Diomaye Faye et Kristalina Georgieva, les deux parties se félicitaient surtout des progrès accomplis et de leur volonté d’accélérer les dernières étapes.
Autrement dit, Washington n’a pas été le point final de l’histoire.
Il en a été une nouvelle étape.
Et puis il y a cette autre question, presque sémantique, mais qui ne l’est pas vraiment.
A Dakar, Cheikh Diba avait soigneusement parlé de « traitement de la dette ». Le gouvernement lui-même a donné un nom à son dispositif : le Plan de traitement de la dette du Sénégal.
Le mot « restructuration », lui, semblait devoir rester à distance.
Or, dans les discussions internationales, le vocabulaire est moins prudent. Le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, a évoqué devant la presse le projet sénégalais de restructuration de la dette dans le cadre commun du G20, en promettant de chercher à accélérer le traitement du dossier.
Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a, pour sa part, parlé de « reprofilage » : allongement des maturités et renégociation des taux d’intérêt.
Traitement, reprofilage, restructuration.
Les mots diffèrent. La réalité financière, elle, reste lourde.
Le Sénégal doit retrouver des marges de manœuvre. Il doit faire face à une dette devenue particulièrement contraignante, à des arriérés importants et à une équation budgétaire qui ne peut plus être réglée par de simples reports successifs. Le FMI lui-même inscrit le nouveau programme dans un objectif de retour à la viabilité de la dette et de renforcement des finances publiques.
C’est donc ici que le voyage présidentiel rejoint la politique intérieure.
Car après Washington, après les réunions avec le FMI et la Banque mondiale, après les échanges avec les partenaires financiers, il faudra bien revenir au Sénégal.
Et au Sénégal, il y a une Assemblée nationale.
C’est là que le dossier prendra une autre dimension.
La Loi de finances rectificative et, surtout, la prochaine Loi de finances initiale ne seront pas de simples exercices comptables. Elles devront traduire dans les chiffres les engagements pris pour rétablir les équilibres budgétaires, maîtriser les dépenses, mobiliser davantage de recettes et restaurer progressivement la soutenabilité de la dette.
Le mémorandum qui sous-tend le futur programme avec le FMI finira donc, d’une manière ou d’une autre, par rencontrer le débat parlementaire.
Et c’est ici que commence le véritable suspense politique.
Quelle sera l’attitude d’Ousmane Sonko et de son groupe majoritaire ?
Le Président de l’Assemblée nationale avait prévenu : la majorité n’est pas là pour bloquer systématiquement l’action du gouvernement. Mais il avait également laissé entendre qu’elle ne renoncerait pas à ses prérogatives et que certaines situations pourraient conduire à l’utilisation des mécanismes de contrôle parlementaire, y compris la censure.
Il ne sert à rien, aujourd’hui, de lui prêter une décision.
Il faudra regarder ce qui se passera lorsque les chiffres seront devant les députés.
Car les grands principes sont une chose. Les arbitrages budgétaires en sont une autre.
Il faudra alors voir ce que deviendront les dépenses, les recettes, les subventions, les investissements, la dette, les engagements vis-à-vis des créanciers et les sacrifices éventuellement demandés aux Sénégalais.
C’est à ce moment-là que le débat prendra toute sa profondeur.
Pendant des mois, le Sénégal a attendu un accord avec le FMI. Il l’a finalement obtenu au niveau technique. Mais il attend encore son approbation définitive. Et, parallèlement, le traitement de la dette doit suivre son propre chemin.
Le communiqué du FMI est d’ailleurs révélateur de cette prudence qui accompagne désormais chaque étape. L’institution annonce un accord, puis rappelle immédiatement qu’il reste soumis à l’approbation de son Conseil d’administration. Elle annonce un programme de 2,2 milliards de dollars, mais précise aussi les conditions qui doivent encore être remplies.
Ainsi va désormais le dossier sénégalais : une avancée, puis une condition ; une annonce, puis une nouvelle étape ; une rencontre, puis une attente.
Même le voyage présidentiel n’a pas échappé à cette logique.
Le chef de l’Etat a rencontré les patrons du FMI et de la Banque mondiale. C’était utile. C’était nécessaire. Mais le lendemain, le dossier était toujours là, avec ses créanciers, ses échéances, ses exigences et ses procédures.
Et maintenant, il revient à Dakar.
Plus précisément, il revient à l’Assemblée nationale.
C’est peut-être là que se trouve la vraie leçon de cette longue séquence internationale. Les institutions de Bretton Woods peuvent négocier avec l’exécutif. Les créanciers peuvent discuter avec l’Etat. Les experts peuvent calculer les équilibres et les ratios.
Mais dans une démocratie, lorsque ces décisions se traduisent en lois de finances, elles doivent passer par la représentation nationale.
Washington a donc fermé une parenthèse.
Dakar ouvre maintenant la suivante.
Et cette fois, le voyage sera beaucoup plus court : il mènera des bureaux du FMI et de la Banque mondiale jusqu’aux bancs de l’Assemblée nationale.
La dette, elle, est bien rentrée au pays.